ART | EXPO

Lundi

28 Nov - 23 Jan 2016
Vernissage le 28 Nov 2015

Si les œuvres de Sarah Tritz s’épanouissent au travers d’une profusion de formes (sculpture, peinture, collage, …), dans cette exposition, c’est le support papier qui occupe la place d’honneur. Plusieurs fratries d’œuvres y sont présentées, ayant toutes pour point commun un lien plus ou moins direct à la représentation du corps fragmenté.

Sarah Tritz
Lundi

Les expositions de Sarah Tritz sont à envisager comme des ensembles de fragments. Ces fragments sont des sculptures, des bas-reliefs, des peintures, des dessins, des collages, eux-mêmes composés par assemblage. Les productions graphiques, présentées au mur, fonctionnent comme points de fuite des expositions. Elles captent le regard du visiteur, et encouragent sa déambulation dans l’espace. Certaines officient à la façon de fenêtres sur un ailleurs, et invitent à la projection mentale vers d’autres étendues.

Ainsi, œuvres sur papier et sculptures se complètent dans les expositions, mais aussi dans la pratique de Sarah Tritz. En effet, chaque typologie d’œuvre demande une temporalité de travail différente. Là où les grandes sculptures nécessitent un long travail de préparation, les productions graphiques, par la légèreté de leur mise en œuvre, s’insinuent au contraire dans le quotidien de l’artiste.

Parallèlement à son exposition «Diabolo mâche un chewing-gum sous la pluie et pense au cul» à la Fondation d’entreprise Ricard, Sarah Tritz propose «Lundi», une exposition uniquement composée d’œuvres sur papier, à la Galerie Anne Barrault. Le titre «Lundi» a été choisi par l’artiste avec précision. Ce mot vient compléter la phrase titre de l’exposition à la Fondation d’entreprise Ricard. Il désigne aussi le début d’une nouvelle semaine quand le quotidien reprend son cours, et rappelle l’éternel recommencement d’un cycle. Lundi, jour où Sarah Tritz travaille dans le petit atelier attenant à son logement, non loin des activités familiales.
L’artiste a construit «Diabolo» autour de la question de la représentation du corps, incomplet, scindé. La diversité des techniques et des époques artistiques convoquées s’y entrechoquent. «Lundi» fait écho à cette hétérogénéité. Plusieurs fratries d’œuvres sur papier y sont présentées, ayant toutes pour point commun un lien plus ou moins direct à la représentation du corps fragmenté.

Ainsi, les «représentations» reprennent des formes d’objets ou de corps épurés, suggérant fidèlement les modèles originaux (Le gant, Le luminaire). Les «corps stylisés», représentent des corps archétypaux et lisses (mannequins, gymnastes, personnages de bande dessinée) qui deviennent surface. Ces corps désincarnés offrent un contre-point à ceux organiques et défectueux, plus généralement reproduits par Sarah Tritz.

Les «citations» sont des représentations de mémoire — ou à partir d’images — d’œuvres d’autres artistes (Portrait de l’artiste à travers Picabia, d’après La mariée de Picabia, Teary eyed d’après The drowning girl de Roy Lichenstein). Sarah Tritz se saisit pleinement des œuvres choisies, sans soucis de véracité. Ses réappropriations sont à apprécier comme des hommages sauvages et passionnés.

Les «collages» sont constitués de rebut de papiers, de contre-formes, de dessins ou de peintures ratés qui sont recadrés par découpage, puis assemblés. Dans la pratique de l’artiste tout ce qui constitue le rejeté, le défaillant ou l’handicap mérite sa place.

Enfin, en complément des familles citées précédemment, les «fonds» se proposent comme des espaces de projection plus libres pour le visiteur, qui peut y placer mentalement à sa guise les corps des personnages croisés dans les autres ensembles.

Sarah Tritz pratique le montage. Elle prélève des morceaux du monde qui l’entoure à la façon d’un docteur Frankenstein enfanté par Paul Thek et Helen Frankenthaler. Cette construction par ajout se lit dans les œuvres prises de façon individuelle, mais permet aussi de nouer plus précisément différents scénarios entre les pièces, et les deux expositions. Cependant, ces montages ne sont jamais pleinement achevés.

Sarah Tritz offre la place nécessaire au visiteur pour évoluer physiquement dans l’espace, mais aussi pour ajouter ses propres images mentales au sein des  œuvres sur papier, ou pour achever en pensées les corps fragmentés concrétisés par les sculptures. Ainsi les œuvres de Sarah Tritz s’adressent franchement à l’autre. Elle l’invite à dialoguer, à compléter l’œuvre, pour que celle-ci, enfin, soit entière.