DANSE | SPECTACLE

Dying Together

29 Mar - 31 Mar 2019

Un format inhabituel pour une expérience sensible : Dying Together de Lotte van den Berg prend les traits d'une performance immersive participative. Comme un pont sensible, entre l'expérience de destruction telle que vécue à travers les médias, et telle que vécue par soi-même.

La mort, c’est de la matière qui se décompose. Passé cette réalité, il y a tout un rituel à construire. Un monde à élaborer, à peupler de représentations, mots et gestes. Avec la performance Dying Together (2018) [mourir ensemble], la chorégraphe néerlandaise Lotte van den Berg (Cie Third Space) propose un travail de construction commune. Entre performance, danse et théâtre, Dying Together prend les traits d’une immersion participative, comme un atelier. Et l’expérience dure trois heures. Dans un espace ressemblant davantage à un studio de danse qu’à une scène de théâtre, le public s’installe. Un public qui fait à la fois collectif, tout en étant composé de personnes singulières. Avec délicatesse, c’est d’abord le silence et la lecture qui ouvre la performance. Les personnes présentes sont invitées à lire le livret qui leur a été remis à l’arrivée. Le déroulé de l’expérience y est décrit.

Dying Together de Lotte van den Berg : une performance participative et immersive

Si la performance Dying Together n’est pas une expérience de thérapie collective, pour autant, il y a du soin dans l’approche proposée par Lotte van den Berg. Vivre seul.e, mourir seul.e… Vivre ensemble, mourir ensemble. Par-delà le binaire, les choses se mélangent. Et pour sculpter la solitude à plusieurs, pour desserrer l’étreinte des peurs qui isolent, Dying Together se fraie un chemin en quatre étapes. Comme décrit dans le livret. En compagnie de huit performeurs — dont la chorégraphe elle-même, Lotte van den Berg — l’expérience s’élabore ainsi lentement. Avec calme et sensibilité, ce sont trois moments de morts collectives qui reviennent à la conscience. Le crash aérien de la German Wings, le 24 mars 2015. L’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. Le naufrage du 3 octobre 2013, à Lampedusa. Et s’il y a des morts vécues par procuration tandis que d’autres touchent moins, Dying Together change la donne.

Entre temps médiatique et temps thérapeutique : le temps humanisant de l’art

À l’écart du temps médiatique (collectif) ou du temps psychothérapeutique (individuel), il y a le temps artistique. Avec sa médiation entre singulier et général. La performance Dying Together redonne ainsi de l’humanité à ces morts qui défilent à toute vitesse. Aux temps reculés appartiennent les pleureuses, avec leurs spectaculaires effusions. À l’heure où le monde entier palpite en live (cris, larmes, effondrements, paniques…), Dying Together propose plutôt un autre rituel. Empreint de calme et de réflexion. Dans l’espace du commun, les publics sont invités à participer, ou non. Ne pas accepter n’engendre pas d’exclusion : c’est aussi une forme légitime de participation. Circulation entre écriture, réflexion, et partage, Dying Together imagine ainsi des gestes simples. Comme être quelque part, à plusieurs, un peu avant de mourir. Ou pendant. Ou après. Sans se départir du respect qu’impose la réalité des événements évoqués. Temps de maturité collective : Dying Together court-circuite l’indifférence.