DANSE | SPECTACLE

Loop me

18 Mai - 18 Mai 2010
Vernissage le 18 Mai 2010

A travers le tournoiement du corps et de ses doubles, Loop me interroge la reproductibilité à l’ère de l’image vidéo et pose le corps comme une inconnue en voie de disparition dans une société de l’impermanence.

Wen-Chi Su
Loop me

— Conception, chorégraphie, scénographie, interprétation: Wen-Chi Su
— Son: Yung-Ta Chang
— Vidéo: Chien-Bu Yeh
— Lumière: Yi-Chung Chen, Wen-Chi Su
— Costume : Arco Renz

Loop me commence par une image très simple, presque un tableau, une silhouette capturée dans un cadre de lumière. Un portrait délicat qui lentement s’anime, et par petites touches devient corps en relief s’extrayant du cadre. De ses mains, des signes éphémères naissent dans l’espace, tels des idéogrammes qui le révèlent et l’agrandissent. L’ouverture progressive de cette fenêtre va générer d’étranges apparitions: comme extraits de son corps, des doubles viennent peupler la surface d’un écran — ombres qui la suivent, reproduisent chacun de ses gestes, la démultiplient. Reproduction, répétition, arrêts sur image, retour rapide: le moindre mouvement est décomposé, disséqué, remonté.

Submergée par ses propres simulacres, « mise en boucle », la présence de la danseuse vacille et s’efface petit à petit. Au fil des croisements, des multiplications, un tourbillon entropique gagne la scène, entraînant les images dans un mouvement de perturbation et d’effacement. Devant ces répliques saccadées, emportées par un pur défilement rythmique, le regard touche un point de vertige confronté à l’impossibilité de distinguer l’original de ses copies.

A travers le tournoiement du corps et de ses doubles, Loop me interroge la reproductibilité à l’ère de l’image vidéo, la manière dont celle-ci façonne notre perception. La reproduction technique, sa capacité à isoler, à analyser chaque impulsion peut-elle remplacer les errements de la présence, sa continuité insistante, les failles qui s’y laissent voir? Qu’est-ce qui est reproduit par la trace digitale, rythme, vitesse, plasticité? Qu’est-ce qui est irrémédiablement perdu? Soutenue par un dispositif agissant comme un révélateur, la danse de Wen-Chi Su réveille les spectres d’images qui nous accompagnent, et pose le corps comme une inconnue en voie de disparition, dans une société du flux, de l’impermanent.