DESIGN | CRITIQUE

L’Observeur du design 2011

PCéline Piettre
@18 Nov 2010

Du vélo de ville à assistance électrique à la paire de baskets, de l’aire de jeu musicale à l’attelle réfrigérée, L’Observeur 2011 décline tous les champs d’intervention du design, même les plus inattendus. Une exposition dense, pas toujours lisible mais exemplaire de la réalité du design actuel.

Cette année encore, et malgré les efforts louables des scénographes pour simplifier la lecture des 209 réalisations présentées, L’Observeur du design reste une exposition-inventaire. Une vitrine où l’on découvre, pêle-mêle, les objets, espaces, interfaces et services sélectionnés par l’APCI pour être les plus innovants de l’année 2010 et représenter au mieux les différents champs d’application du design et de l’activité économique. Ici, la diversité est un principe de réalité ― non, le design ne réduit pas à l’ameublement ! ― mais aussi un défi pour la mise en espace. Et la répartition par couleur n’y change pas grand-chose. L’Observeur 2011 est un patchwork − certes joyeusement bigarré et non dénué d’intérêt – mais qui étouffe dans l’œuf toute tentative sérieuse de discours ou de problématique précis.

Pour nous aider à y voir plus clair, les 33 étoiles du design et les cinq prix spéciaux, décernés aux «meilleures réalisations» sur des critères de confort, d’ergonomie et d’innovation, dessinent certaines tendances. Elles viennent confirmer le rôle croissant de l’éco-conception, comme impulsion première d’un projet (la multiprise anti-veille pour télévision Eco-TV, la fontaine publique filtrant l’eau de pluie Topique-eau) ou condition sine qua non à son existence – le souci écologique sous-tend désormais la plupart des réalisations primées.
Autre ligne de force de la sélection 2011, le design d’interaction. Pensé pour stimuler la communication entre des personnes ou des personnes et un système, il s’affirme, entre autres, à travers la peinture ON/OFF, capable de transformer les murs en véritable commande tactile ! Plus timide, la percée du design de service, avec la société ARTtrust et son système inédit d’auto-authentification des œuvres d’art. Ce dernier exemple nous rappelle au passage que le design est aussi une réponse aux transformations de la société, et aux nouveaux besoins qu’elles engendrent…

Enfin, on retrouve avec plaisir dans ce florilège étoilé l’élégante batterie de couverts Zermatt, dessinée par Patrick Jouin pour Puiforcat, et déjà exposée l’année dernière au Centre Pompidou, ainsi que le banc en brique alimentaire recyclée How Many, parfait exemple d’une collaboration réussie entre une société de conditionnement (Tetrapak), une volonté politico-écologique et une matière grise en constante ébullition (le duo de designers Les Sismo).

Un regret cependant… devant l’absence du luminaire Inziair d’Hyppolite Bachelet, remarqué cet été lors de l’exposition du Via sur les Ecole de design. Doué d’intelligence (il détecte les mouvements de son propriétaire pour intensifier au besoin la source de lumière et se rétracte au toucher), cet objet apporte la touche expérimentale et fictionnelle qui manquait au cru 2011. Une anticipation du futur, ludique et prospective. Un fantasme de design à encourager.

Jean-Michel Luard pour Watt and Co
Eco TV, 2010. Multiprise anti-veille pour télévision en plastique et métal. 430 x 75 x 50 mm. 0,995 kg.
Isabelle Daëron
― Topique-eau, 2010. Fontaine publique filtrant l’eau de pluie.
Les Sismo et Carré Noir pour Tetra Pak
― How Many, 2010. Banc en briques alimentaires recyclées, aluminium, polyéthylène. 1850 x 420 x 470 mm. 20 kg.
Patrick Jouin pour Puiforcat
Zermatt, 2010. Couverts en acier.
Hippolyte Bachelet
Inziair, 2010. Luminaire vivant en latex. 1000 x 1000 x 1700 mm. 8 kg.