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Livres, notes et feuilles d’automne

12 Mar - 03 Mai 2015
Vernissage le 12 Mar 2015

Wytske van Keulen développe un travail photographique autonome basé sur le récit. Au cours d’une résidence débutée en avril 2014, elle réalise la série Livres, notes et feuilles d’automne qui raconte le quotidien de différentes maisons de retraites et nous entraîne dans l’intimité des patients au travers d’objets photographiés dans leurs chambres.

Wytske van Keulen
Livres, notes et feuilles d’automne

Le Château d’Eau présente le travail de la jeune photographe néerlandaise Wytske van Keulen, réalisé dans le cadre du projet «European Prospects» au cours d’une résidence photographique débutée en avril 2014 à Toulouse, dans différents établissements pour personnes âgées. Cette série s‘inscrit dans le prolongement de ses travaux précédents, notamment Sous cloche (2009-2013) réalisée dans les Pyrénées orientales. Elle avait choisi de photographier Andrez et Saskia pour qui la solitude était une réponse à une crise personnelle, les suivant dans leur environnement immédiat.

Wytske van Keulen travaille avec une très grande sincérité développant un travail autonome basé sur le récit. Elle a été invitée par le Château d’Eau pour cette résidence en raison de sa démarche artistique et de la relation empreinte d’empathie qu’elle sait nouer avec ses sujets. A la différence de sa précédente série, Livres, notes et feuilles d’automne ne s’intéresse ni au paysage environnant, ni aux personnes, mais s’approche au plus près de la condition humaine au travers d’objets photographiés dans l’intimité de la chambre des patients.

Avec sa façon toute particulière de photographier, Wytske van Keulen nous laisse entrevoir avec une grande pudeur et beaucoup de douceur ces intérieurs physiques qui ne sont, au fond, que le reflet touchant de ces hommes et ces femmes que nous apercevons sans jamais les voir.

«Le travail réalisé lors de sa résidence artistique en maisons de retraite s’inscrit avec cohérence dans son exploration de la condition humaine. Ces personnes âgées — certaines étant atteintes de désordre mental ou de troubles du comportement — ont pour obligation de vivre en institution, et l’espace clôt de leurs chambres façonne leurs existences. Ce lieu de vie imposé possède ses lois propres, microcosme situé à la frange du monde.

La série photographique ne procède pas d’une mise en scène distanciée du réel, mais tente de nous faire entrer dans le monde de l’intime par fragments et détails. Wytske van Keulen fait apparaître la singularité dans ces lieux de vie construits par une banalité clinique, chaque cliché dessinant le portrait sans visage des résidents, véritable paysage mental offert au spectateur. Son œil s’attarde sur quelques feuilles mortes ramassés dans l’enceinte d’un parc ou sur un carton rempli de DVD posé sur une chaise traduisant des journées passées à regarder des films.

Chargées d’objets ou autres ex-voto dédiés aux souvenirs, certaines images révèlent une vie entière résumée sur le coin d’une étagère ou accrochée de façon anarchique à un mur. À l’opposé la nudité d’une chambre dénote un rituel précis et immuable axé sur une activité unique, gestes obsessionnels permettant de lutter contre un quotidien présumé anxiogène, ou un simple fil punaisé au mur — une antenne de radio FM — traduit la nécessité d’un rapport avec le monde.»
Didier Marinesque