ART | EXPO

Listen to your eyes

26 Fév - 18 Avr 2010
Vernissage le 25 Fév 2010

Familier du bruit des mots, la valeur du silence tend à nous échapper. Et le plus souvent, admettons le, le silence est seulement une impasse dont le langage nous libère. Mais ne dit-il rien?

Manon de Boer, Benjamin Dufour, Jakob Gautel, Jason Karaïndros, On Kawara, Zilvinas Kempinas, Eva Koch, Jiri Kolar, Aurelie Nemours, Roman Signer, Remy Zaugg, Artur Zzmijewski
Listen to your eyes

Les philosophes nous ont enseigné depuis l’antiquité, de Plutarque à Wittgenstein en passant par Heidegger, la possibilité de la parole dans le silence, permettant de parvenir à un «état pur» de la communication. Mais nous sommes si familiers aux bruits qu’il nous est difficile de nous exprimer sans mot, sans son, sans capacité d’audition.

Faire le silence pour mieux laisser parler les gestes, c’est l’expérience que nous invite à partager Manon de Boer, au Frac Lorraine, avec 4’33’’ de John Cage qu’elle rejoue dans une composition musicale silencieuse, où chaque posture, chaque respiration prennent un sens accru.

Les oeuvres présentées au Frac Lorraine nous prouvent ainsi la capacité de communiquer dans un langage différent. Interpréter les plus belles créations artistiques n’est donc pas l’apanage de l’oralité. Les pièces d’Eva Koch, d’Artur Zmijewski et de Roman Signer résident justement dans ce postulat: il existe des alternatives aux verbiages et bavardages.

Ces oeuves clament, en effet, l’existence d’un langage gestuel universel, un langage naturel du corps, de postures et d’attitudes qui amplifient la parole et rendent compte mieux que les mots.

De ce constat découle la question de la mémoire. Comment fixer celle-ci sans avoir recours aux mots? Pour mettre de l’ordre dans le temps, il faut en effet en avoir une représentation. L’oeuvre de On Kawara repose sur cette question du temps et de son échelle «inhumaine».

Celle-ci se compose de dix classeurs répertoriant, sous forme de listes dactylographiées, les dates d’un temps passé et futur, accompagnée d’un enregistrement sonore qui énumère ces dates sur deux millions d’années.

Ainsi, seul le langage donnerait cette possibilité de penser l’impensable: la mort. Il ne suffit pas d’énumérer les nombres premiers à l’infini comme le propose l’artiste Benjamin Dufour pour circonscrire cet impensable. Une oeuvre qui participe d’une commande publique du Centre national des arts plastiques pour cette exposition extensive sur le silence.