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Lisa, Milton, Thomas & Ken

PLéa Bismuth
@23 Mai 2008

Près de vingt après sa mort, les photographies de Robert Mapplethorpe n’ont rien perdu de leur radicalité : son esthétique de l’épure teintée d’érotisme et sa fascination pour le corps continuent d’interroger le regard… 

Cette exposition pose la question du choix. Les photographies s’interpellent les unes les autres, en poussant le spectateur à remarquer leurs différences. En effet, il faudra choisir entre une femme blanche et des hommes noirs, entre des portraits et des corps, entre des sexes et des visages, entre le voile dévoilé et la pudeur. L’espace photographique est ici un espace pur, immaculé, où des éléments contradictoires ne peuvent coexister.

Dès l’entrée dans l’exposition, les portraits se font face : les portraits d’un homme ou d’une femme sur des fonds allant du noir au gris.

L’exposition se poursuit et l’accrochage rend très bien compte du système élaboré par Robert Mapplethorpe. La nudité est le principe même d’une mise en scène virtuose des corps, que ce soit un corps de femme recouvert d’une matière croûteuse ou une femme dans une salle de bain. Les corps ne sont jamais impudiques. Il semble que Robert Mapplethorpe cherche toujours à éviter la frontalité : il s’empare d’un sujet, si obscène soit-il, afin de le mettre en scène, de lui donner un rôle, un premier rôle.
Par exemple, lorsqu’il met en scène le sexe d’un homme sans visage sortant d’une fermeture éclair alors que l’homme est vêtu d’un costume strict, il joue de l’obscénité exhibitionniste tout en s’emparant de l’espace de représentation en imposant son regard.

Robert Mapplethorpe cherche la perfection des corps, le dessin des muscles, la brillance de la peau, un peu à la manière de Valérie Belin prenant pour sujet des bodybuilder bien huilés.

Deux catégories semblent se dessiner : d’un côté, celle de la femme animal, dont le corps nu est comme habillé d’un serpent ou d’un scorpion; de l’autre, celle de l’homme christique, crucifié sur la croix de son sexe.

Enfin, il faut se rendre au sous-sol de la galerie pour comprendre que de l’image fixe à l’image mouvement, il n’y a qu’un pas. Une vidéo intitulée Lady est projetée : sur une musique rythmée et sous des lumières flashy, une femme bodybuildée joue de ses muscles en haut des marches d’un grand escalier très cinématographique. Il y a là une quête d’un corps impossible, d’un corps de surface, d’un corps rêvé.

Robert Mapplethorpe
Lisa Lyon, 1982. Silver gelatine print. 51 x 41 cm
Lisa Lyon, 1982. Silver gelatine print. 51 x 41 cm
Lisa Lyon, 1980. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Lisa Lyon, 1982. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Lisa Lyon, 1981. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Lisa Lyon, 1981. Silver gelatine print. 51 x 41 cm
Lisa Lyon, 1981. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Lisa Lyon, 1982. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Lisa Lyon, 1980. Silver gelatine print. 16 x 20 cm
Thomas, 1987. Silver gelatine print. 51 x 61 cm
Ken Moody, 1985. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Milton Moore, 1981. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Milton Moore, 1981. Silver gelatine print. 41 x 51 cm
Cock, 1981. Silver gelatine print. 41 x 51 cm