LIVRES | MONOGRAPHIE

L’invention d’une île

Le travail de Thierry Fontaine oscille à la périphérie de plusieurs genres. Ses travaux s’apparentent à des actions, des mises en scènes qu’il fixe ensuite sur la pellicule. A travers ses images, il nous parle d’exotisme et pose la question sociopolitique de nos codes perceptifs et des préjugés dont les cultures non dominantes sont toujours prisonnières.

Information

Présentation
Thierry Fontaine, Simon Njami,
Christine Ollier
L’invention d’une île

Il n’est pas aisé de classer le travail de Thierry Fontaine qui oscille à la périphérie de plusieurs genres. Si son support de prédilection est la photographie, il serait difficile de le définir comme un photographe. Ses différents travaux s’apparenteraient plutôt à des actions, à des mises en scène dont il se charge ensuite de fixer l’image sur la pellicule.

Dans l’œuvre de Thierry Fontaine, différents niveaux de perception sont parallèlement générés par la symbolique de l’image, sa charge poétique et par la manière dont l’artiste l’élabore. Celui-ci pousse effectivement assez loin les instruments de ce que l’on pourrait appeler sa «fabrique de l‘image».

Si Thierry Fontaine est un artiste aux pratiques contemporaines dont le travail s’inscrit dans les démarches occidentales les plus pointues, il fait corps avec sa culture. Il est natif de l’Île de la Réunion, et nous renvoie incidemment à l’endroit d’où il vient. En cela, il nous parle d’exotisme et pose la question sociopolitique de nos codes perceptifs et des préjugés dont les cultures non dominantes sont toujours prisonnières. Thierry Fontaine évite pourtant et à tout prix le politiquement correct. Il désarme avec élégance le cynisme des uns ou la tentative de récupération des autres car il sait intimement où il est et là où il souhaite placer son œuvre, inclinaison qu’il partage avec le poète martiniquais Edouard Glissant.

«On retrouve chez Thierry Fontaine cette même délectation pour un érotisme noir. Dans le même ordre d’idées, quelle est la portée du dispositif baroque qui associe deux images, Trésor et Le Troisième Souffle, sur le fond d’écran d’écume sanguine de Terre, ici la couleur est évidente (2006) utilisée pour l’occasion comme un papier peint?

Cet ensemble provoque un choc visuel qui transforme la notion de beauté et porte révérence aux grands baroques, dont le carmin fut la couleur de prédilection. C’est un dispositif visuel que l’artiste utilise souvent dans ses installations, car, s’il livre ses œuvres dans des formats monumentaux, il apprécie plus encore d’envahir directement l’espace architectural pour défier le sens de la perception. Par l’usage mural de cette somptueuse flaque de sang qui noie le regard dans sa couleur et sa matière, la tentative de subversion esthétique est évidente — notamment en regard d’une scène contemporaine qui a tendance à ignorer le baroque, ou qui ne l’accepte que de façon anecdotique.

Elle devient synonyme «d’extase visuelle» dans cette scénographie qui renoue avec l’esthétisme du beau en flirtant, pourquoi pas, avec une fascinante sensualité morbide et révoltée qui soulève les images. Accuser Thierry Fontaine de dérive maniériste serait occulter la réalité portée par le photographique, la fulgurance visuelle de son art et l’indicible élégance contenue dans son propos pourtant éminemment engagé.»
Christine Ollier

Sommaire

— Œuvres
— Le prince à la tour abolie, par Simon Njami
— Le troisième souffle, par Christine Ollier
— Annexes: biographie et bibliographie
— Remerciements
— Version anglaise