LIVRES

Ligeia n°73-74-75-76. Art et espace

Les «dossiers sur l’art» de la revue Ligeia analysent les enjeux esthétiques des rapports entre art et espace, évoquant les œuvres d’artistes divers, de la Renaissance à aujourd’hui, de Lorenzetti à Felice Varini.

Information

Présentation
Rédacteur en chef : Giovanni Lista
Ligeia n°73-74-75-76. Art et espace. Perception et représentation. Le lieu, le visible et l’espace-temps. le geste, le corps et le regard

Extraits de l’éditorial «L’art et la figure humaine» de Giovanni Lista
«Pour ce numéro de Ligeia sur «art et espace», j’ai choisi une œuvre de Laurie Simmons traitant avec ironie et érotisme de l’Axis Mundi, cette idée récurrente des religions et des mythologues qui constitue l’une des pensées les plus ancestrales de l’espace et de sa représentation. […]
Un des chevaux de bataille de la modernité a été l’avènement de la picturalité libérée de tout résidu iconographique. Pourtant, n’importe quelle œuvre d’art peut contenir et faire triompher la picturalité, tout en continuant de s’appuyer sur une image. L’une n’exclut pas forcément l’autre, au contraire. C’est ce que voulait démontrer l’historien d’art italien Roberto Longhi à travers sa fameuse pratique didactique. Lors de ses cours académiques à l’université de la Sapienza de Rome, Longhi faisait projeter les diapositives des tableaux la tête en bas, de façon à expliquer à ses élèves les rapports de couleurs, de lignes et de formes créés par le peintre. Puis il repositionnait sur pied les images des œuvres, affirmant que l’iconographie était le cadeau en plus, le supplément d’âme offert par l’artiste au spectateur. C’est cette vérité profonde de l’art classique et humaniste que la modernité, animée par un déterminisme idéologique des plus radicaux, a voulu ignorer. […]
En tant que création, en tant que langage, l’art est le propre de l’être humain parce qu’il est l’acte de liberté par excellence. Sa raison d’être est dans ce qui fait l’ontologie même de l’homme en tant qu’être pensant : la conscience de la mort et l’idée de Dieu. De fait, malgré l’intérêt de certaines recherches, l’art de notre époque privilégie en revanche le circonstanciel, le décoratif, la mode et le contingent, c’est-à-dire ce qui tient uniquement de «l’enveloppe amusante, titillante, apéritive du divin gâteau», selon le mot de Baudelaire. Si une grande part des artistes d’aujourd’hui semble vouloir tenir à distance les véritables enjeux de l’art, il reste que l’art est plus que jamais un besoin vital, une nécessité. […]
Il y a l’art parce qu’il y a l’homme, tout comme il y a l’homme parce qu’il y a l’art. Ce n’est pas une contradiction d’affirmer que l’homme est en même temps un produit de l’art. Malgré l’idéologie dominante, qui tend à instaurer partout une spontanéité légère et irresponsable, préconisant une sorte de retour à l’état de nature, je pense que ce qui fait de nous des êtres humains correspond à un choix de tous les jours. Et l’art se situe au plus profond de ce choix. Parce qu’il est un acte de liberté qui témoigne en même temps d’un refus du silence et de la mort, il correspond au maintien tenace d’une volonté de dire ce qui reste indicible autrement. En un mot, l’art est ce qui fait de nous des humains.»