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Les Secrets de design

Le rouge embrase les cristalleries de Baccarat sur l’initiative du couturier Maurizio Galante et du designer Tal Lancman. Les deux créateurs incarnent, en une belle allégorie, le fameux « rouge d’or » de la maison lorraine, à travers une composition de 69 verres prélevés dans les collections de la cristallerie et disposés sur un cercle, que traverse un tigre du Bengale fluide et subtil. La lumière et le son nous plongent dans une expérience sensorielle subtile, déstabilisante, qui exacerbe la beauté de la scène. Le Rouge de 5 heures est une fable onirique mais qui repose sur la réalité d’une alchimie complexe, celle qui consiste à mélanger du cristal clair à de l’or pur jusqu’à ce qu’ils fusionnent en un rouge d’une intensité variable — cinq heures étant le temps de cuisson nécessaire pour que la couleur se révèle. Dans l’ancien hôtel de Marie-Laure de Noailles, écrin d’élégance réinventé par Philippe Starck, Chantale Granier, la directrice artistique de Baccarat, a encore une fois permis un moment d’exception.

Chez Dedar, une maison familiale italienne spécialisée dans la création de tissus, créée par Nicola et Elda Fabrizio en 1981, le jaune est l’aura d’un objet merveilleux, sorte de malle-cabine, cabinet de secret, labyrinthe minuscule au nom mythique de Dedalus, réalisé à partir d’une collaboration entre le designer Tristan Auer et le sellier Camille Fournet.

Le blanc est la couleur de la terre composite, chargée de kaolin, qui donne son éclat virginal à la porcelaine de la Manufacture de Sèvres. Pour les Designers Days, de jeunes étudiants de Ron Arad du Royal College of Art de Londres dévoilent leur fascination pour cette maison prestigieuse fondée en 1740 et rendent hommage à son savoir-faire par une présentation des outils et leur réinvention, la matière subtile poudre de la création. Ils inventent, entre autres, un moyen de toucher les objets avec les yeux par l’intermédiaire de loupes grossissantes, qui permettent une vraie « entrée en matière ». Leur démarche The Enemy of the Good est délicate et respectueuse de la belle Manufacture.

C’est le noir, ensuite, qui domine la présentation proposée en extérieur par Kartell, « La Dolce Vita », éloge du cinéma italien des années 50. On y découvre, avec un intérêt non dénué de fascination, la chaise Ami ami de Tokujin Yoshioka, un modèle de l’année 2009 réalisé à partir d’une technique de tissage du plastique, véritable défi qu’a su relever l’audacieuse entreprise jeune de 60 ans.

Le corail, lui, donne à l’embrasse de Thomas Boog pour Declerq la douceur des fonds marins tropicaux. Arborescence presque vivante qui vient croître à la surface du rideau, ce bel ouvrage de passementerie est révélateur du savoir-faire et de la sophistication de l’entreprise qui œuvre dans l’univers de la décoration depuis 1852.

La lumière est une matière à part entière pour Adrien Gardère, qui, chez Saazs, raconte l’histoire de la source lumineuse, de la bougie à la basse tension, de la lampe à huile au Led. Le designer sculpte le temps, la lumière et les saisit dans toute leur richesse. La technologie mis au point par Saasz en collaboration avec Saint-Gobain consiste poétiquement en une circulation de gaz excité faisant réagir une sérigraphie au phosphore. Une application qui fait de la lumière un véritable matériau de construction.

Le vert, enfin, clôt notre tour d’horizon coloré de sa touche écologico-supertitieuse. La Treille de céramique conçue par Andrea Branzi pour Bernardaud, très poétique, est constituée d’éléments naturels moulés en porcelaine qui prolifèrent sur une surface miroitante. La combinaison des matières imite le mouvement de la nature dans une somptueuse simplicité. Une armoire, une tête de lit et un paravent font également entrer une fiction végétale dans la maison.

Le parcours est chaque année une source de plaisir, même si, et nous le regrettons, les entreprises françaises ne sont pas assez présentes. Il faut cependant saluer la magnifique collection Saga de Christophe Delcourt chez Roche Bobois, qui inclut la beauté du chêne tranché, dont les anneaux révèlent l’histoire naturelle et vivante, et la dynamique des branches enchevêtrées dans un bois de tulipier.