ART | CRITIQUE

Les Quatre saisons

PMarguerite Pilven
@12 Jan 2008

A travers ce thème des quatre saisons, Pistoletto développe une réflexion sur l’évolution des formes dans le temps, leur altération inévitable. A chaque saison ses métamorphoses, ses naissances et ses morts.

Quatre sculptures de Michelangelo Pistoletto disposées de manière circulaire dans l’espace de la galerie représentent chacune une saison. Construites de manière semblable, leur composition disparate surprend : le corps en marbre d’une déesse antique sert de socle à une autre sculpture en polyuréthane, matière industrielle contrastant fortement avec la noblesse du marbre. Le déploiement gracieux des corps féminins autour d’un axe vertical est brusquement interrompu, écrasé dans son mouvement par ces blocs compacts au traitement brutal où l’on distingue des figures humaines mal dégrossies.

Par ce déséquilibre entre le haut et le bas des sculptures, l’artiste semble vouloir faire coïncider deux conceptions du temps. Celui qui court, rythmé par les saisons qui passent, et l’idée de temps comme éternel retour du même, représentée par les immuables canons de beauté grecs, sortes de caryatides supportant la métamorphose des saisons.
La facture lisse du marbre unifie et suspend les corps dans leur mouvement, tandis que la surface accidentée des blocs maintient les figures à un stade d’inachèvement, dans la tension d’un devenir.

L’automne et le printemps sont représentés comme des saisons transitoires. Le bloc qui les personnifie représente deux bustes l’un derrière l’autre, peinturlurés en blanc et bleu, comme si l’un s’apprêtait déjà à prendre le relais de l’autre, tandis que la figure unique d’été et d’hiver s’impose, massive et peinte en rouge, sous la forme d’un gros personnage dont les jambes pendent jusqu’aux genoux de la caryatide en été, et sont repliées en hiver.

Un double mouvement anime les sculptures. Celui des corps se déroulant autour de leur axe central, redoublé par celui du groupe sculpté disposé de manière à former une ronde évoquant ce mouvement de la terre autour du soleil d’où dérive la division de l’année en quatre saisons. Une entorse curieuse faite à l’anatomie des créatures de marbre renvoie également au phénomène astronomique : leur fesse systématiquement tronquée, rappel des solstices marquant les passages d’une saison à une autre, l’avènement ou le déclin d’un cycle.

A travers ce thème des quatre saisons, Pistoletto développe une réflexion sur l’évolution des formes dans le temps, leur altération inévitable. A chaque saison ses métamorphoses, ses naissances et ses morts. Combinant au sein d’une même oeuvre une figure renvoyant à l’Antiquité grecque et une autre rappelant les sculptures sur bois des expressionnistes allemands, on embrasse également, comme en raccourci, l’histoire des formes dans l’art, ses révolutions.

Hiver, 1983-1985. Marbre, polyuréthane et acrylique. 300 x 120 x 100 cm.
Printemps, 1983-1985. Marbre, polyuréthane et acrylique. 330 x 110 x 70 cm.
Eté, 1983-1985. Marbre, polyuréthane et acrylique. 320 x 80 x 100 cm.
Automne, 1983-1985. Marbre, polyuréthane et acrylique. 270 x 130 x 65 cm.
Le David de Michelangelo, 2004.

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