ART | EXPO

Les mitoyennes

11 Sep - 07 Nov 2015
Vernissage le 10 Sep 2015

S’inspirant de situations quotidiennes, Anne Le Troter transforme en texte ses observations sur le monde et questionne les fonctionnements du langage. Elle propose ici une installation sonore dans laquelle un ensemble de structures déploie des moquettes de couleurs et de matières différentes comme autant de plateaux d’enregistrement et de surfaces d'écoute.

Anne Le Troter
Les mitoyennes

Pour sa première exposition personnelle en France, Anne Le Troter s’inspire de l’histoire du lieu de La BF15, précédemment occupé par un ancien magasin de revêtements de sol, Sols modernes. Elle propose une installation sonore intitulée Les mitoyennes dans laquelle des zones d’action et de langage cohabitent dans un même espace temps. Un ensemble de structures déploie des moquettes de couleurs et de matières différentes comme autant de plateaux d’enregistrement et de surfaces d’écoute.

C’est au sein de ce décor suggéré que s’actualise une forme de «film choral», notamment rythmé par les mouvements sonores d’un entrainement sportif. L’artiste s’intéresse ici aux notions d’intermèdes, de caractères, ainsi qu’aux figures bifrons représentées par deux têtes, l’une vers le passé, l’autre l’avenir. Des improvisations orales, des passations de ballons ou de volants rythment les échanges des participants. L’activité sportive agit ici comme un relais de la parole pour créer des paysages chorégraphiques.

«Traitant le langage comme une matière malléable, les travaux d’Anne le Troter sont empreints d’une certaine trivialité, liée à l’utilisation de formes orales, ou des formes sans forme du langage utilitaire. S’inspirant de situations de la vie quotidienne, elle transforme en texte ses observations sur le monde qui l’entoure et questionne les fonctionnements du langage dans ce processus.[…]

Qu’il s’agisse de ses propres observations ou de données empruntées, elle s’intéresse à la manière dont se constitue le savoir d’un individu: connaissances empiriques, déductions, souvenirs, choses apprises par cœur — avec tout ce que cela contient d’erreurs, d’imprécisions ou d’hésitations. Utilisant la «mise en langage» comme instrument de connaissance, elle tente de décrire et partant, d’expliquer ce qu’elle observe du monde — tentative sans doute illusoire et sans fin, qui fait écho à cet extrait de Nathalie Quintane, auteure chère à l’artiste: “Tout ça pour dire que ce n’est pas parce que “tu écris” que tu en sois moins embrouillé; ça déplace l’embrouille, et voilà.” (Crâne chaud, 2012).

Images de ce processus, les phrases d’Anne le Troter suivent des chemins labyrinthiques, longs, tortueux et conduisent à des diversions, à des écueils; faisant fi des lois de la grammaire, elles rendent compte d’une pensée en mots, qui se nourrit au fur et à mesure, qui se cherche, qui divague. Le texte n’existe jamais comme une seule écriture chez l’artiste qui improvise à voix haute, qui le prend en bouche, le dit et le redit, pour se l’approprier et l’intégrer, au point d’en être finalement dépossédée. Dans sa prononciation très particulière, elle rythme les mots, fait traîner les sons, accélère soudain et collisionne des phrases. Souvent, elle se déplace en parlant, et ses pas, ses mouvements, ses gestes participent de l’ordonnancement de sa pensée, la scansion des phrases devient la pulsation d’un texte vécu.» (Isaline Vuille)

Commissariat
Perrine Lacroix

Vernissage

Jeudi 10 septembre 2015 à 18h