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Les Ecoles de design 2009

Fort de cette promesse, on s’attend un peu naïvement, en pénétrant dans l’espace d’exposition, à découvrir quelques spéculations audacieuses sur notre environnement du futur. Où vivra-t-on ? Quels seront les objets qui nous entoureront ? Pour satisfaire quels besoins ? Après tout, la jeunesse n’a-t-elle pas le regard porté sur l’horizon ? Ne rêve-t-elle pas de changer le monde ?

Premier constat : les écoles de design nationales ne semblent pas encourager les délires prospectifs. Tous les projets sélectionnés trouveraient facilement leur place dans l’univers domestique tel qu’on le connaît. Les chaises ressemblent à des chaises, les tables à des tables et les luminaires à des luminaires. Seule exception peut-être, l’escalier cinétique Caminando, de Victor Barriquand (Strate Collège), présenté sous forme de maquette et d’animation : il se déploie devant la personne qui l’utilise et disparaît sous l’action de son poids.

Les maîtres-mots qui sous-tendent la vaste majorité des projets semblent être mobilité,  modularité et développement durable. L’humidificateur Aev – interacteur hydrométrique de Mathieu Le Guern (Ecole Boulle), aussi séduisant au niveau de sa forme que de son principe, s’inscrit parfaitement dans cette triade : utilisant les qualités hygrométriques de la terre crue, il absorbe l’humidité du jardin pour ensuite rafraîchir et humidifier l’intérieur de l’habitat.

Délaissant les nouveaux matériaux, les jeunes designers privilégient l’exploration des propriétés physiques des matériaux traditionnels, en particulier du bois. Ainsi l’ensemble Bois fluide, conçu par six élèves de l’ENSCI, se base sur l’expérimentation du bois malléable : les objets présentés (un porte-manteau, trois cintres, un sucrier et un pot à miel, une patère murale, une corbeille à papier et un principe d’assemblage) donnent à ce matériau des formes tout à fait surprenantes. Autre exemple, la chaise Déguisée de Rémi Gréau (Institut d’arts visuels – Orléans), issue d’une recherche visant à « retrouver le confort et la légèreté d’une assise gonflable avec le bois ». Ses lattes composées de fines lamelles de contreplaqué donnent à l’assise une souplesse inattendue. A défaut de pouvoir l’essayer, il ne faut pas hésiter à la toucher pour se convaincre qu’il s’agit bien, comme l’affirme le texte qui l’accompagne, d’un « coussin déguisé en chaise ». Stupéfiant.

A noter que le bois (de même que l’acier) est généralement laissé « brut », dans sa teinte naturelle. Et la couleur comme élément ajouté ne semble pas avoir la faveur des créateurs. On peut dès lors s’étonner que leurs pièces soient présentées sur des estrades maculées de tâches de peinture de couleurs vives (qui apparaissent jusque sur l’affiche de l’exposition). L’intention est peut-être de suggérer un work-in-progress ou de souligner le fait que les prototypes sortent à peine de l’atelier où ils ont vu le jour.

Quelques objets emprunts de poésie, ou du moins en rupture avec les codes fonctionnalistes habituels, viennent agréablement rythmer un ensemble globalement sérieux et plutôt académique. Le Banc individuel de Clément Hayer (Ecole supérieure des beaux-arts d’Angers), semble attendre qu’un passant intrépide lui offre son séant pour retrouver un peu de sa verticalité. Le Cabinet des possibles – Replis de Lucia Sellier (Ecole Camondo) est un meuble de rangement qui prend forme en fonction de ce qu’on y introduit, et invite à fouiller pour retrouver ce que l’on y a dissimulé. Enfin, l’aquarium Airs1 d’Amaury Poudray, posé sur un délicat piètement en acier, semble flotter dans les airs (on peut toutefois douter que le poisson qui l’habite, confiné dans un tunnel en verre, saisisse pleinement la poésie à laquelle il participe).

Que les « talents de demain » soient ou non présents dans l’exposition, celle-ci parvient bien à capter l’intérêt du visiteur, à le surprendre et à l’enthousiasmer. Elle témoigne donc effectivement de la diversité et de la vitalité des jeunes designers issus des écoles françaises de création, que l’on a hâte de voir s’émanciper de ce cadre académique.

Rémi Gréau
— Assise de confort Déguisée, 2009. Institut d’arts visuels – Orléans
Clément Hayer
— Banc individuel, 2009. Ecole supérieure des beaux Arts – Angers
Samuel Lacroix
— Bois fluide, 2009. Liaisons fluides en bois, expérimentation bois malléable. Ecole nationale supérieure de création industrielle – Les ateliers – Paris. Atelier J-F. Dingjian
Amaury Poudray
— Aquarium Airs1, 2009. Ecole supérieure art et design – Saint-Etienne
Lucia Sellier
— Mobilier de rangement Cabinet des possibles – Replis, 2009. Ecole Camondo – Paris
Victor Barriquand
— Escalier cinétique Caminando, 2009. Strate Collège Designers – Sèvres
Lucia Sellier
— Mobilier de rangement Cabinet des possibles – Replis, 2009. Ecole Camondo – Paris
Mathieu Le Guern
— Humidificateur Aev – interacteur hydrométrique, 2009. Ecole Boulle – Paris