DANSE

Les archipels

PIt’s Our Playground
@20 Oct 2011

La galerie Interface fait sa rentrée avec l'artiste Marie Lepetit qui nous propose avec ses Archipels un voyage à travers le temps et l'espace. Mêlant rigueur géométrique et poésie, elle se joue des contraintes afin de faire surgir de nouveaux mondes.

Marie Lepetit se revendique avant tout comme une peintre abstraite dont les œuvres sont une ouverture vers de nouveaux espaces visuels. Pour ce faire, elle a élaboré un langage pictural qu’elle décline à travers ses Archipels. Il repose sur des règles et des contraintes d’ordre à la fois spatial et géométrique puisque ses outils de base sont le compas et l’équerre. Dans un premier temps, elle dessine au crayon de papier une succession de tracés géométriques qui, au fil de son travail, finissent enchevêtrés les uns avec les autres. Les équerres, de tailles diverses, lui servent à tracer des formes triangulaires dans lesquelles se superposent des cercles effectués au compas. Les formes obtenues deviennent sujettes à transformation. À l’aide de peintures, crayons de couleurs ou par perforation, elle met en lumière les points et formes cachés sur le papier. Le résultat est à la mesure de ce long processus : étonnant et mélodieux.

Cette volonté d’harmonie se retrouve dans la mise en relation entre ses œuvres et le lieu d’exposition. Dans la première salle, le spectateur se retrouve face à quatre grandes feuilles de papier suspendues côte à côte et placées devant les fenêtres. Cette œuvre, du nom d’ Archipel I occupe presque toute la largeur de la salle. Peinte en noir, la surface est constellée de petit trous permettant à la lumière de passer. Les tracés sont ainsi révélés et le résultat offre une succession de spirales qui apportent mouvement et volume à l’oeuvre. Ses formes dynamiques semblent alors être le résultat d’une création intuitive plutôt que d’un système rationnel.

Le noir et le blanc du papier font écho à l’obscurité de la salle. Cette dernière étant légèrement éclairée par les rayons du soleil qui transpercent l’oeuvre. Le contraste obtenu est saisissant et joue sur les sens du spectateur qui, dans cette semi-obscurité, a l’impression de contempler un ciel étoilé. La seconde face de l’oeuvre est laissée vierge de toute peinture, seules les marques de perforation sont visibles mettant ainsi l’accent sur la technique de l’artiste.

Dans la seconde salle, Archipel III, se présente comme le pendant d’Archipel I. Nous retrouvons le même système de perforage de papier ainsi que l’utilisation du noir et blanc. La différence se situe dans le mode de présentation. Seule la partie haute est accrochée au mur afin de permettre au reste de l’oeuvre de se dérouler à même le sol tel un parchemin aux ondulations harmonieuses.

Pour Archipel II, Marie Lepetit échange la peinture pour des crayons de couleurs aux tons chauds. L’épaisseur du papier est sensiblement réduite afin de donner l’impression d’une œuvre réalisée à même le mur. Les mêmes superpositions de lignes et de formes sont visibles mais mises en avant cette fois par de petits points oranges. À la dynamique des formes vient s’ajouter une dynamique des couleurs.

En revanche, Archipel IV est réalisée à même le mur. Les tracés effectués au crayon de papier sont encore visibles à certains endroits et les points de rencontres entre le compas et l’équerre sont révélés avec de l’acrylique rouge et jaune. L’utilisation du mur comme médium et les formes géométriques réalisées par l’artiste rappellent, dans une certaine mesure, les «Wall Drawing» de Sol Lewitt. Artiste et théoricien du mouvement conceptuel, il réalise de nombreux dessins muraux pour lesquels il crée une «grammaire» spécifique. Il utilise des formes géométriques simples dont il élabore avec précision la spécificité (taille, largeur, emplacement) afin de faciliter leur mise en application. Bien que Marie Lepetit partage cette volonté d’élaborer un protocole, sa mise en forme en revanche laisse une part plus importante à l’imprévu. En outre, son approche est plus sensible que formelle et si son travail demande minutie et rigueur, le résultat n’est pas rigide. Bien que son langage pictural ne varie pas, le résultat n’est cependant jamais le même puisque ses figures évoluent et se développent au gré des matériaux utilisés. Rien n’est figé ici, le mouvement et la dynamique qui transparaissent dans ses œuvres sont un appel vers l’imaginaire du spectateur.

La seconde et dernière peinture murale, Archipel V, est située dans la cave. Toujours avec cette idée de jeu entre le lieu et ses œuvres, l’artiste s’est adaptée aux conditions de cet espace en peignant sous la voute. Par un mélange d’acrylique et de peinture fluorescente ainsi que l’ajout d’une lumière noire, les cercles, spirales et triangles qui composent l’oeuvre prennent l’allure de corps célestes. Plongés dans la pénombre, nous avons alors la sensation de contempler des constellations toutes plus fascinantes les unes que les autres. Marie Lepetit parvient à modifier notre perception de l’espace. La cave n’est plus ce lieu angoissant, sombre et humide que nous nous représentons mais revête désormais un aspect fantastique et rassurant qui n’est pas sans rappeler le monde de l’enfance.

Le compas est souvent perçu comme l’emblème des sciences exactes, de la rigueur mathématique et de ce fait, se positionne comme l’antithèse de la fantaisie imaginative. Associé à l’équerre, ces deux instruments deviennent alors des outils dédiés à l’architecture et aux domaines de recherches appelant à l’exactitude. Cependant, Marie Lepetit dans son travail convoque une autre facette de ces instruments bien trop souvent ignorée. Dans l’ésotérisme occidental ainsi que dans la Chine antique, l’association de l’équerre et du compas est considérée comme un symbole cosmologique. Ensemble ils évoquent le Ciel et la Terre mais aussi le temps et l’espace. Le choix du titre des œuvres prend alors tout son sens. Le terme archipel désigne un groupe d’îles proches les unes des autres mais à la configuration différente. Les œuvres présentées à Interface possèdent elles aussi des similitudes dans leur traitement bien qu’elles ne soient jamais les mêmes. De la même manière que chaque lieu est unique, toute création l’est aussi.

Oeuvres
—Marie Lepetit, Archipel I, 2011, technique mixte, 460 x 420 cm
—Marie Lepetit, Archipel II, 2011, mine de plomb, crayon de couleur sur papier, 250 x 180 cm
—Marie Lepetit, Archipel III, 2011, technique mixte, 600 x 115 cm
—Marie Lepetit, Archipel IV, 2011, mine de plomb, acrylique sur mur, 264 x 160 cm
—Marie Lepetit, Archipel V, 2011, mine de plomb, acrylique sur mur, 496 x 253 cm

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