ART | EXPO

Les Aimants

10 Jan - 02 Mar 2013
Vernissage le 10 Jan 2013

«Les Aimants» présente trois séries de vingt-et-une pièces et une installation, afin de retracer l’évolution de l’émergence du sens du désir chez l’enfant. Les photographies utilisées à la base des différentes pièces sont des portraits de Lily Hibberd réalisés entre l’âge de deux à treize ans, évoquant des souvenirs liés à son éveil sexuel.

Lily Hibberd
Les Aimants

La première série de pièces montre les photographies d’origines, une série de vingt-et-une gravures sur pierres magnétiques. La deuxième est une série de ces photographies d’enfance, prises récemment sur le corps de l’artiste. Ces mêmes images de cette mise en abîme, ainsi que les dos des épreuves photographiques, sont reprises au sous-sol, sur papier calque, intitulées «mémoires laminées». Enfin, l’installation avec aimants est une démonstration de la force des pierres magnétiques.

En réalisant ces différentes pièces, Lily Hibberd s’est retrouvée dans sa propre histoire métaphorique, car à travers les photographies, il reste une trace matérielle de ses souvenirs, et aussi du désir humain et de sa force. Il ne s’agit pas seulement de l’électromagnétisme et de la photographie que nous pourrions relier, mais de la substance médiatrice du désir, dans sa double configuration, dont la mémoire, l’amour, la perte, la langue, la représentation et la subjectivité font partie.

Que ce soient les revers des images (restes de colle, dates), les deux pôles opposés (positif / négatif) des aimants, ou la relation entre le photographe et le modèle, les différentes pièces révèlent la dualité du temps et du désir. Dans cette série, elle essaye de retrouver son «moi profond» à travers la naissance de son propre désir.

Parallèlement à cette introspection théorique, elle a souhaité mettre en pratique cette «avant-conscience» de sa sexualité en reproduisant ces photographies sur des pierres magnétiques qui sont elles-mêmes la base du procédé de reproduction en photographie.

Dans Burning With Desire: The Conception of Photography (Mit Press, 1997), le chercheur Geoffrey Batchen relie l’invention de l’aimant et la terminologie comme «positif» et «négatif», en précisant que «la métaphore de l’électro-aimant a joué un rôle crucial à la fois dans le développement d’une vision du monde romantique et la conception de la photographie même».

Roland Barthes déclare même: «ce n’est pas ce que nous voyons… la photographie créé une image mutuelle, un objet laminé… dont deux feuilles ne peuvent pas être séparés sans se détruire mutuellement: la vitre et le paysage, et pourquoi pas: le Bien et le Mal, le désir et son objet…» (La Chambre Claire: Note sur la photographie, Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, 1980).

En mettant en scène ces différentes techniques, Lily Hibberd cherche avant tout à interroger mémoire, technicité et passion. En explorant la relation entre ces images figées et son passé, l’artiste s’est rendue compte de l’intemporalité et de l’infinité de son propre désir.

«La seule consolation que je peux trouver, est que nous partageons une réalité intolérable dans l’affirmation de notre folie, la folie d’être en dehors de la logique du cadre de l’appareil photo. Quand je regarde en arrière cet appareil photo posé sur mon lit, je vois mon erreur. J’ai mis la machine du désir en place, prenant sa matérialisation miraculeuse pour quelqu’un qui pourrait m’aimer. En fin de compte, je comprends que ma mémoire laminée ne ressemble pas à la jeune fille, car elle est juste l’image d’une enfant que je ne reconnais pas. » (Lily Hibberd)

critique

Les Aimants