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PStéphanie Katz
@12 Jan 2008

Un simple muret redessine l’espace, et change les règles implicites de déplacement. Un lampadaire interroge la sculpture. Un regard amusé sur l’art, entre salon de vente de mobilier improbable et austérité d’une esthétique moderniste.

La précédente exposition de Guillaume Leblon à la galerie Jocelyn Wolff fut l’occasion de comprendre le projet de ce jeune artiste: en remodelant l’espace de la galerie afin d’y incorporer une fiction d’escalier en colimaçon, Guillaume Leblon jouait des similitudes et des distinctions qui tissent les relations entre sculpture et représentation, imaginaire et réalité, actuel et virtuel.

C’est aujourd’hui davantage la question du contexte de lecture de l’œuvre qui est envisagé, à la faveur d’une nouvelle intervention architecturale sur l’espace d’exposition.
Un muret de carton évoquant les volumes d’un bar d’appartement, transforme la galerie en un espace domestique. Quelque chose dans l’espace calculé au plus juste évoque les studios standardisés des résidences de vacances, aménagés selon un parti pris qui combine ergonomie et économie d’espace. Les seuls déplacements qui demeurent possibles autour de cette structure obligent l’instauration de règles implicites qui interdisent les croisements, les doubles sens et les stations immobiles.
Un simple muret qui redessine l’espace, et c’est toute la communauté qui se délite, se métamorphose en une foule docile qui s’auto-organise en flux, en circulation atomisée et glissement solitaire.

Toutefois, une seconde proposition, évoquant davantage le mobilier que l’architecture, désigne l’angle intérieur du muret comme une éventuelle zone de repli plus intimiste.
En suspension au-dessus de cet enclôt, une pièce qui ferme l’espace s’amuse des ambiguïtés entre sculpture conceptuelle et lampadaire design. Officiellement, cette suspension veut interroger la nature des matériaux de la sculpture, et le statut du socle qui se trouve ici inversé, «cul par-dessus tête».
Officieusement, ce lampadaire aux allures très tendance (matériaux bruts, fils et accroches explicitement visibles et dénudés…) diffuse une lumière chaleureuse au-dessus du bar virtuel.

Mais la mise en place de cet espace ambigu, qui se joue des distinctions entre pérennité de l’art et valeur d’usage de l’architecture d’intérieur, ne serait pas tout à fait aboutie, si elle n’était «habitée» par «Un» et «Une», deux peintures monochromes discrètement anthropomorphiques (l’une blanche, l’autre chocolat), réalisées à partir de feuilles d’aluminium de cuisine, peintes et froissées.
Travaillant à nouveau la confusion des repères entre peinture et sculpture, ces deux pièces confirment la note d’humour qui signe cette dernière proposition de Guillaume Leblon, alors même qu’elles insistent simultanément sur l’esthétique conceptuelle épurée de l’ensemble.

Si bien que, oscillant entre salon de démonstration pour vente de mobilier improbable et austérité d’une esthétique moderniste en quête d’auto définition, la galerie Jocelyn Wolff propose ce mois-ci un point de vue peu usité en art contemporain : celui d’un regard amusé, d’un point de vue au second degré, posé discrètement sur l’esprit de sérieux qui mine en profondeur une certaine jeune création.

Guillaume Leblon
Un, 2005. Feuille d’aluminium, glycéro. 195 x 130 cm.
Une, 2005. Feuille d’aluminium, glycéro. 195 x 130 cm.
Crysocale IV, 2005. Crysocale, lampe, bois aggloméré. Diamètre de la suspension : 50 cm. Socle suspendu : 120 x 160 cm.
Sans titre. Lambda print. 23 x 36 cm (50 x 70 cm).
Sans titre. Lambda print. 36 x 23 cm.
Sans titre. Lambda print. 19,5 x 29 cm (50 x 70 cm).
Sans titre. Lambda print 28,5 x 43 cm (60 x 80 cm).
— (avec  Bowling club) LE. Impression jet d’encre sur papier. 100 x 100 cm.