DANSE | CRITIQUE

Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme

PSophie Grappin
@02 Déc 2009

Artiste prolifique et pluridisciplinaire, Christian Rizzo mettra en scène Schönberg et Poulenc en mars 2010 au Capitole, présentera sa nouvelle création L’oubli, toucher du bois en mai au Théâtre de la Ville, et endosse aujourd’hui le rôle de curator à la Conciergerie.

Actuellement commissaire d’exposition, avec Bernard Blistène, pour « Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme » à la Conciergerie, Christian Rizzo présente son travail au Cnd dans le cadre des rencontres intitulées 1 heure avec … L’occasion pour lui de faire le point sur dix ans de travail comme chorégraphe au sein de l’Association fragile, parcours entamé avec 100% polyester (1998), une pièce pour deux vêtements, trois ventilateurs, et beaucoup d’audace.

Après des études d’arts plastiques à la Villa Arson, Christian Rizzo aborde la danse par son acception la plus festive, en boîte de nuit, puis comme interprète pour Mathilde Monnier, Mark Tompkins, Hervé Robbe ou encore Georges Appaix. Très vite il ressent le besoin de procéder à ses propres expérimentations et se dirige vers la chorégraphie. Fort de sa formation de plasticien, il développe un univers où lumières, costumes et accessoires fondent autant la chorégraphie que les corps. Ceux-ci sont parfois même absents ou en partie soustraits au regard : toute une poétique de la disparition s’échafaude pièce après pièce, vérifiant l’hypothèse de l’équation « faire disparaître pour laisser apparaître ».

Si ce sont les corps qu’il dérobe au début de son œuvre, la problématique de la disparition se déplace peu à peu jusqu’à atteindre l’environnement, les thèmes, ou les pièces chorégraphiques elles-mêmes, comme c’est le cas dans l’exposition présentée à la Conciergerie. Rassemblement a priori hétérogène de sculptures contemporaines, il se dessine au cours de la visite des relations de plus en plus riches entre les œuvres et la production chorégraphique de Christian Rizzo.
Jeux évidents d’emprunts, de références communes ou tout simplement d’analogies formelles ; le chorégraphe l’avoue d’ailleurs avec une certaine pudeur : toutes ses obsessions, sa mythologie personnelle, se trouvent réunies en creux dans la présentation des ces œuvres.

Par exemple des vanités, si présentes dans ses pièces, dont on ne retrouve pas tout de suite la trace … peut-être avec le squelette au nez pointu de Gloria Friedmann, ou plutôt dans l’œuvre de Jean François Texier, AnnyBlatt, ça flatte ! (2000), un travail de tricot qui interroge le temps autant que la chair. Les fantômes, qui donnent leur nom au titre de l’exposition, sont bien entendu plus faciles à reconnaître. Ils en ont la forme ou la présence. C’est d’ailleurs cette présence-là qui interroge : partout dans les paroles du chorégraphe transpire celles de la religion. Qu’il parle d’une« croyance en quelque chose qui relie les hommes entre eux », de sa fascination pour la cérémonie du thé, de son obsession de la mort, ou du « comment finir ? », toute sa production semble se résumer dans la tentative de représenter une religion sans Dieu.
Par un tour de passe-passe, cet escamotage fondamental fonde la création de Christian Rizzo : en faisant disparaître Dieu c’est l’irréductibilité du lien religieux qui est rendu visible, et avec, tout un champ d’expérimentation ayant trait aux corps et à la communauté. De là à suggérer que le créateur se substitue au divin …

 

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