ART | EXPO

Le Rasoir d’Ockham

30 Mai - 13 Juil 2013
Vernissage le 30 Mai 2013

La pratique de Julien Nédélec prend des formes multiples, de la sculpture au dessin, en passant par le livre ou la photographie, avec une prédilection pour le papier, qu’il utilise non seulement comme support mais aussi comme matériau qu’il plie, découpe, colore, empile ou froisse.

Julien Nédélec
Le Rasoir d’Ockham

Les œuvres de Julien Nédélec sont le fruit de jeux linguistiques et formels qui révèlent la fascination de l’artiste pour les potentialités du langage, avec une certaine malice qui le place en héritier de l’Oulipo, tandis que son attachement à des formes géométriques et sérielles l’inscrit dans la lignée du minimalisme.

L’exposition «Le Rasoir d’Ockham», dont le titre sonne comme une aventure de Tintin, rassemblera des œuvres inédites: d’une part, une série de gouaches sur papier dont les mystérieuses formes abstraites proviennent de schémas représentant les étapes de réalisation de différents nœuds (nœuds marins, d’escalade, de pêche…). Les sources sont méconnaissables puisque l’artiste n’a matérialisé par la couleur que les espaces vides visibles tant que les boucles des nœuds ne sont pas serrées.

Ces nœuds potentiels semblent s’inscrire dans la lignée d’une série de 2010, Sculptures pending, composée de plaques de bois gravées selon des modèles d’origami, célèbre art japonais du pliage du papier: au pli de l’origami succède la boucle du nœud. Les schémas, comme supports d’apprentissage d’une technique, témoignent de la position de Julien Nédélec pour qui l’art est une manière d’assouvir son insatiable curiosité, la notion de pédagogie est ainsi régulièrement présente dans son travail.

D’autre part, l’exposition présentera une nouvelle sculpture directement liée au titre Le Rasoir d’Ockham: un grand volume en bois tourné qui, lui aussi, est la matérialisation d’un vide reprenant la forme caractéristique que l’on trouve au centre des lames de rasoir traditionnelles. Julien Nédélec a non seulement agrandi cette forme, mais il a aussi transformé ce vide en objet tridimensionnel, que l’on hésite à percevoir comme une sculpture abstraite ou un élément de mobilier.

Contrairement à ce que ce terme laisse présager, le Rasoir d’Ockham n’est pas un outil manuel mais un outil conceptuel, puisque ce terme désigne le principe scientifique dit «de parcimonie», qui veut que l’on ne multiplie pas les hypothèses plus que nécessaire, la solution la plus simple étant en général la plus juste – un principe qui fait écho à l’esthétique minimaliste de Julien Nédélec.

Avec cette série de gouaches et cette sculpture, Julien Nédélec compose des formes nouvelles à partir d’objets courants qui restent pourtant imperceptibles dans les œuvres finales; elles ont en commun d’être rattachées à des activités manuelles qui nécessitent précision et dextérité (nouer un nœud, raser une barbe). L’artiste réunit ainsi avec finesse et amusement les domaines de l’art et du quotidien, du concept et du geste, faisant de chaque œuvre une occasion d’expérimentations et de découvertes, un «nouveau chapitre de son roman de formation», comme le formulait judicieusement Stéphane Malfettes dans un texte sur Julien Nédélec paru dans le Artpress n°397 en février 2013.