DANSE | SPECTACLE

Le Pouvoir des folies théâtrales

06 Fév - 12 Fév 2015
Vernissage le 06 Fév 2015

Créé en 1984 à la Biennale de Venise, puis recrée en 2012 et repris un an plus tard au Festival d’Avignon, Le Pouvoir des folies théâtrales célèbre et malmène tout à la fois l’art de la scène. Anti-conventionnel, sensuel et déroutant, cette pièce majeure du répertoire du créateur flamand met en scène l’épuisement de la représentation à travers celle des acteurs.

Jan Fabre
Le Pouvoir des folies théâtrales

Majestueuse et festive, superbe et arrogante, cette oraison funèbre sonne le glas des formes passées pour célébrer celles à venir dans un élan salutaire et joyeux. La scène livrée aux larmes, à la sueur, à la chair mise à nue est scandaleusement érotique.

De lʼart dʼenterrer avec faste et superbe un théâtre qui fut et nʼest plus. De lʼart de rendre hommage tout en claquant la porte au nez de ses aînés. En signant en 1984 cette pièce majeure de son répertoire, Le Pouvoir des folies théâtrales, Jan Fabre, artiste turbulent, réfractaire au joli, aux connivences de bon aloi, à la frilosité, entérinait, une fois pour toutes, la mort des scènes empesées, corsetées, formatées, croulant sous les froufrous et suintant le moisi à cent lieues à la ronde. Il ne faut pas moins de 4h20 pour que sʼopère, sur scène, ce programme de reconfiguration qui affranchit du XIXème siècle et de ses avatars un plateau en quête urgente de vitalité dont le seul credo semble être «lʼici et maintenant».

Cʼest ce à quoi sʼemploient les interprètes qui vont aux limites de lʼépuisement physique, exténuant dans dʼinnombrables répétitions les noms de pièces, dʼauteurs, de dates sur lesquels sʼarqueboute lʼhistoire de la représentation. Ils sont en uniformes, costumes cravates, nus, portent des couronnes dorées sur la tête, courent comme des dératés, halètent comme des chiens. Ils ressuscitent avec un zeste de perversité un théâtre muséifié qui nʼautorise aucune transgression. Et ce faisant, ils lʼachèvent dans un geste total mêlant vidéo, corps, texte et musique. Du conflit ainsi activé entre passé et présent émerge une forme qui ne doit quʼà elle-même sa légitimité. Une forme tourbillonnante dont on sort droit comme un i, avec la certitude que nos pendules internes viennent dʼêtre remises à lʼheure.

Conception, mise en scène, chorégraphie et lumière: Jan Fabre
Musique: Wim Mertens
Costumes: Pol Engels, Jan Fabre
Réalisation costumes 2012: Katarzyna Mielczarek
Avec: Maria Dafneros, Piet Defrancq, Mélissa Guérin, Nelle Hens, Sven Jakir, Carlijn Koppelmans, Georgios Kotsifakis, Dennis Makris, Lisa May, Giulia Perelli, Gilles Polet, Pietro Quadrino, Merel Severs, Nicolas Simeha, Kasper Vandenberghe.

critique

Le Pouvoir des folies théâtrales