ÉCHOS
20 Mar 2010

Le photographe David Lachapelle en publicitaire

PSarah Ihler-Meyer
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De prime abord, rien de plus éloigné de David Lachapelle que la photographie documentaire. Mises en scènes, retouches des couleurs et des textures, autant de procédures opposées à la doxa de la «photographie vérité». Et pourtant…

Lorsque David Lachapelle se fait connaître dans le monde de l’art des années 1990, la rupture avec le régime classique de la photographie est déjà bien entamée. En effet, fondée sur le principe de l’«instant décisif» et sur la croyance en l’objectivité du médium, la photographie dite de vérité est méthodiquement déconstruite à partir des années 1980.
Si des artistes tels que Thomas Struth et Thomas Ruff reprennent ses conventions formelles pour en démontrer l’inanité — son incapacité à rendre compte du réel —, d’autres, comme Jeff Wall, vont jusqu’à renverser ses règles en ayant recours à des mises en scène et à des retouches.

Ce changement de paradigme peut-être perçu comme le passage d’un régime de vérité à un autre: d’un côté, la photographie documentaire, dans son désir de capter les faits, assimilerait la vérité aux événements concrets; de l’autre, la photographie contemporaine, plus attachée aux formes, comprendrait la vérité en termes d’intensités. Par conséquent, alors que la photographie classique serait du côté de la représentation et du dire, la photographie actuelle serait du côté de l’expression et du sensible.

Mais, au regard des photos de David Lachapelle, il convient de nuancer ces catégories. Car, bien que les procédés de cet artiste soient strictement opposés à ceux de la photographie documentaire, ils répondent à l’intention de communiquer, de dire davantage que de rendre sensible. Les couleurs flashy, les poses volontairement indécentes, les situations et les corps licencieux signifient sans la moindre ambiguïté l’obscénité du monde contemporain. Ses photographies documentent le réel plus qu’elles ne l’expriment, tous leurs paramètres sensibles étant au service de l’information qu’elles véhiculent. Aucun halo irréductible ne les habite, elles ne sont que discours.

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