ART | EXPO

Le Pavillon, OO, une exposition qui grandit par le milieu

18 Déc - 04 Jan 2003

L’équipe d’artistes du Pavillon travaille collectivement depuis début novembre: créations, interrogations, débats, réflexions sont menés sur le modèle du jeu de Scrabble®. Exposition sous forme d’installation au Palais de Tokyo.

Quentin Armand, Angela Detanico, Andreas Fogarasi, Rafael Lain, Adriana Lara Dominguez, Lucas Mancione, Nicolas Milhe, Emilie Renard, Jiri Skala, Johann Van Aerden, Gabri
Le Pavillon, «OO, une exposition qui grandit par le milieu»

Ouvert depuis le printemps 2001, Le Pavillon est un laboratoire de création qui offre à de jeunes artistes un espace de recherche, de débats ainsi qu’un lieu de production au sein du Palais de Tokyo. Placé sous la direction d’Ange Leccia, Le Pavillon accueille cette année, pour une durée de huit mois, onze jeunes artistes et critiques d’art issus d’un recrutement international.
Ce programme de recherche comporte différents moments de production et de réflexion sous la forme de «workshops», voyages, conférences et expositions, réalisés au contact de professionnels et d’artistes qui accompagnent le projet. Cette année, le recrutement du Pavillon a été réalisé dans l’optique d’un travail de production collectif initié par une image et un axe de réflexion: le delta.

«00 paysage», Village 00, Workshop Pavillon, Pyrénées, novembre 2002

«Les artistes du Pavillon ont été invités à entrer dans un processus de travail collectif dès leur première rencontre, le 4 novembre 2002. Une exposition était prévue deux mois plus tard. Notre groupe crée ex-nihilo affirme d’une seule voix qu’il s’agit pour lui non pas de faire un travail collectif mais de travailler collectivement. C’est pourquoi cette exposition est la représentation ponctuelle d’une expérience partagée jusqu’à aujourd’hui.

Le Pavillon réunit six nationalités différentes (Autriche, Brésil, France, Mexique, Roumanie, République Tchèque). Notre langue commune est l’anglais sans qu’elle soit, pour aucun de nous, maternelle. Nous en déformons les mots sous nos différents accents et parlons une sorte de mélange franglais, rempli d’anglicismes et de mots français prononcés à l’anglaise… Notre collectif se construit, au jour le jour, sur la base à la fois de nos essais linguistiques et de nos jeux. Le Scrabble® et le foot par exemple sont deux pôles, le premier vaguement d’ordre intellectuel et le second doucement physique, où chacun de nous construit sa propre relation au groupe.

La surface de cette exposition est un plateau sur lequel un jeu collectif s’est déroulé. Sa plus petite unité de mesure est la lettre de Scrabble®, au nombre de cinquante mille. Ces lettres en volume, une fois juxtaposées, sont à la fois la promesse de mots, d’associations d’idées et de formes. Un jeu de Scrabble® évolue selon une architecture faite de perpendiculaires et de prolongements: un mot en croise un autre, une syllabe s’ajoute. Chaque joueur pose ses propres mots à l’intérieur d’un tissu collectif et suit un ordre qui lui échappe. Le jeu est le principe unificateur de toutes nos données, collectées de manière disparate, soumises à un ordre aléatoire. Ainsi, le territoire du jeu s’étend par embranchements successifs.

Au delà de cette expérience, l’apparition d’un sens commun et d’une forme générale reste en suspens. Car ces mots, simplement posés là, n’énoncent aucun discours, n’affirment rien, ne nient rien. Des sens contraires voire antinomiques, « Terre/Plate » par exemple, peuvent cohabiter. L’échafaudage des mots permet toutes les combinaisons possibles de sens et de dessins, entre les joueurs eux-mêmes et entre les joueurs et les visiteurs.

Une histoire improbable, celle d’un collectif, pourrait donc être racontée par ce jeu. Mais elle est laissée par fragments à la libre relecture de ceux qui la parcourent. Il ne s’agit ni d’un récit linéaire, ni d’un discours mais d’une façon pour nous de raconter quelque chose autrement.

C’est pourquoi le collectif ne trouvera pas écrit sur le sol de son exposition le sens caché de sa mission… Il trouvera au plus, des idées de voisinages, des possibilités de relecture. Un ordre collectif s’est formé à un moment. Il peut encore se défaire et se combiner ailleurs. Notre syntaxe agglutinante pousse par le milieu. Mais nous n’avons aucun mot d’ordre, hormis peut être « Sparta », sorte de cri de ralliement, source primaire d’énergie. Et pour passer des mots aux jambes, nous nous sommes amusés aussi à tourner autour d’un ballon sous la lune.»

Scrabble® est une marque déposée de J.W. Spear & Sons Limited, une filiale de Mattel, Inc.

Partenariats
L’exposition bénéficie du soutien de Mattel, Inc.
Le Pavillon est subventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication/Délégation aux arts plastiques et bénéficie également du soutien de l’AFAA, de l’American Center Foundation, de la Ville de Paris.
La promotion 2002/2003 bénéficie du soutien de l’AFAA dans le cadre de «Bohemia Magica, une Saison tchèque en France» (mai-décembre 2002).