ART | CRITIQUE

Le Monde flottant

PClément Dirié
@12 Jan 2008

Après avoir retiré nos chaussures, on pénètre dans un espace où une lumière verte et rasante éclaire les chevilles des autres visiteurs, et où le sol est recouvert par des « sables mouvants » qui ne conservent aucune trace…

Dans Qu’attendez-vous d’une institution artistique du XXIe siècle ?, Nicolai Wallner, directeur de la galerie Nicolai Wallner à Copenhague exprime ainsi son souhait : « J’attends qu’elle neutralise la pesanteur, de sorte que les visiteurs et les œuvres flottent tranquillement les uns parmi les autres ».

N’est-ce pas un peu l’ambition de l’exposition de Mathieu Briand que de faire justement flotter les objets tangibles et les repères, projet métaphoriquement préparé et signalé par la lecture des consignes de sécurité et le dépôt de ses chaussures auquel le visiteur doit se soumettre à l’entrée de l’installation ?

Le visiteur pénètre alors dans un espace où une lumière verte et rasante éclaire les chevilles des autres témoins de cette expérience par laquelle chaque pas remodèle la physionomie de la salle.
Le sol est en effet recouvert par des « sables mouvants » qui ne conservent aucune trace, à l’inverse de la terre régénérante du Champ de purification de Chen Zhen également exposé au Palais de Tokyo.

La mutabilité perpétuelle de l’espace brouille les repères spatiaux, verticaux et horizontaux ; elle modifie les distances et oblige les visiteurs-acteurs à réévaluer la perception de leur propre corps sans cesse au contact de nouvelles profondeurs sableuses.
Il s’agit également d’une invitation au rêve et aux interrogations : Que pourrait contenir cette salle ? Que pourrait-il s’y passer ? Comment en est-on arrivé là ? Toutes ces questions alors que des nuages de poussière s’élèvent sur le sillage de chaque visiteur.

Expérience sensible et simple, où le formalisme du dispositif n’entrave ni la poésie ni la fiction, Le Monde flottant, tout comme le magnifique Cosmodromede Dominique Gonzalez-Foerster de la Biennale de Lyon, est bien un espace en marge, en a-pesanteur, où même si rien n’arrive, tout est possible.

Mathieu Briand
Le Monde flottant, SYS*018.DoE*01/MoE-FlT SalNor*TaC-LaR*4, 2003. Installation.