ART | CRITIQUE

Le Mémorial. Projet d’architecture

PIris Van Dongen
@21 Août 2013

L’expositions «Yves Klein / Claude Parent. Le mémorial. Projet d'architecture», conçue par Fabienne Fulchéri et Eric de Backer, fait le pendant avec l’autre exposition de l’Espace de l’art concret: «Rêves d'architecture». Autour du peintre Yves Klein et de l’architecte Claude Parent se tisse un dialogue artistique où les dessins et maquettes finissent par faire œuvre.

La rencontre en 1959 de Claude Parent et d’Yves Klein, suivie de leur collaboration jusqu’à la mort de ce dernier en 1962, sont l’occasion pour l’Espace de l’Art Concret de présenter certaines des pièces de sa collection afin de tisser un dialogue artistique où les dessins et maquettes finissent par faire œuvre.

L’exposition «Yves Klein / Claude Parent. Le mémorial» est organisée en trois salles: la première salle de documentation ouvre sur une seconde qui présente la collaboration à travers des projets comme les Fontaines de Varsovie pour le Palais de Chaillot (1961-1962), un ambitieux pari sur la rencontre du feu et de l’eau, ou encore le Rocket pneumatique (1959), un «objet sans fonction» pour lequel un brevet est déposé bien qu’il n’ait d’autre finalité que celle de se propulser toujours plus en avant dans l’espace infini.

La troisième salle est dévolue au projet de mémorial qui donne son titre à l’exposition. Imaginé par Claude Parent peu de temps après la disparition d’Yves Klein, ce mémorial n’a pas encore été construit. Présenté ici à travers les nombreux dessins et maquettes réalisés par Claude Parent, le Mémorial à Yves Klein (1964) est conçu comme une illustration des thèmes qui sous-tendent toute l’œuvre de l’artiste: «le vide, l’immatériel, le monochrome, la cosmogonie» (Claude Parent,1964). Le vocabulaire choisi là par Claude Parent, hisse les thèmes du côté de l’architecture pour en signifier les possibilités plastiques.

On entre dans la structure en béton par un étroit passage tapissé de la poudre du pigment bleu-Klein IKB, emprisonné entre des plaques de verre. Puis quatre ouvertures cylindriques ménagent différents points de vue sur le bleu du ciel de Nice: «La diagonale donne la vision atmosphérique / La verticale au-dessus de la tête du visiteur suggère l’immatériel / L’horizontale pousse au vide du bleu de Klein / La verticale inversée nous entraîne vers la mort: le ci-git».

Si le projet de mémorial vise à une transposition de l’immatériel à l’architecture, cherchant l’infra-mince au cœur même du béton, la mise en espace de l’exposition renforce cette fragilité onirique. Le plan du mémorial, très fortement agrandi, reproduit au mur (d’après un plan de coupe de Claude Parent), dont les lignes varient en intensité, frappe avant tout par son aspect esthétique: la fonction ayant présidé au tracé des formes est éludée par le changement d’échelle et de support. Il en est de même pour les dessins sur calque et les maquettes en bois présentées.

On conçoit alors aisément le lien avec l’exposition «Rêves d’architecture» dans le bâtiment adjacent, où est approfondi le basculement de la fonction vers la forme, se plaçant cette fois entièrement du côté du point de vue des artistes.