ART | EXPO

Le lointain

25 Jan - 01 Mar 2014
Vernissage le 25 Jan 2014

«Le lointain» réunit les œuvres de treize figures classiques ou contemporaines de l’art brut. Ces créateurs illustrent ce «lointain» si proche pourtant. Tous ont en commun d’avoir voulu rendre leur monde plus «habitable», en en appelant parfois à d’autres mondes. Et en voulant donner corps à leur lointain, ils nous ouvrent les portes du nôtre.

Joseph Barbiero, John Devlin, Janko Domsic, Jill Gallieni, Nina Karasek Aka Joële, Raphaël Lonné, Jean Perdrizet, Patricia Salen, Ionel Talpazan, Melvin Way, George Widener, Adolf Wölfli, Henriette Zéphir
Le lointain

«Le lointain», titre et thématique de l’exposition, réunit les œuvres de treize figures de l’art brut, auteurs classiques (Adolf Wölfli, Janko Domsic, Joseph Barbiero) ou plus contemporains (George Widener, Melvin Way, John Devlin).

«La trace est l’apparition d’une proximité, quelque lointain que puisse être ce qui l’a laissée. L’aura est l’apparition d’un lointain, quelque proche que puisse être ce qui l’évoque. Avec la trace, nous nous emparons de la chose; avec l’aura, c’est elle qui se rend maîtresse de nous.»
En quelques lignes, Walter Benjamin nous renvoie à notre rapport à l’art — de sa production à son expérience — mais également à sa genèse. Les notions d’aura et de lointain faisant ici écho à «l’inquiétante étrangeté» chère à Freud.

Comment qualifier, en effet, les mécanismes secrets et intimes qui poussent l’Homme à vouloir résoudre ses errances métaphysiques par la fabrication d’objets transitionnels sacrés?

En théorisant l’art brut, en en arpentant le territoire supposé, Dubuffet avait abordé, sans le savoir ou sans le dire, les mêmes contrées. Mais là où ce dernier paraît isoler l’artiste ou le créateur dans sa pratique en insistant sur son autonomie par rapport aux productions dites «culturelles» — parlant d’œuvres issues «de leur propre fond» — Benjamin resitue l’artiste dans sa nature, dans sa condition d’Homme confronté à son mystère.

Néanmoins, le grand mérite de Dubuffet reste — en les nommant — d’avoir su mettre en lumière les productions qui, de nos jours encore, référent à ce processus originel. Un processus par-delà les traditions, par-delà les usages collectifs, mais ontologiquement indissociable.

Les créateurs d’art brut que nous avons réunis ici illustrent de façon saisissante ce «lointain» si proche pourtant. Tous ont en commun d’avoir voulu rendre leur monde plus «habitable», en en appelant parfois à d’autres mondes. Et en voulant donner corps à leur lointain, ils nous ouvrent les portes du nôtre.