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Le Bureau du paléontologue

PSilvia Cazacu
@12 Jan 2008

Un cabinet des curiosités divisé en deux. D’une part, des livres, des objets; d’autre part, des fossiles, des crânes, des oiseaux empaillés. D’un côté, la Culture; de l’autre, la Nature. L’Art, la Culture, l’Ecologie: comment Mark Dion aborde la complexité.

Le Bureau du paléontologue est un cabinet des curiosités divisé en deux. D’une part : des livres, des objets ; d’autre part : des fossiles, des crânes, des oiseaux empaillés. D’un côté, la Culture ; de l’autre, la Nature. Une confrontation entre les recherches du naturaliste portugais Ryman Lull et celles du britannique Robert Fludd. Au centre, un squelette humain sépare et rassemble les deux collections.
Une peau de tigre dans une boîte en carton. Sur l’emballage, écrite à la main, une liste d’animaux éteints.

L’auteur de ces œuvres a été chercheur en Amazonie, explorateur des sous-sols de la Villa Médicis, archéologue au fond d’un canal envasé de Venise et éditeur d’un ouvrage sur les mutations de certaines espèces en milieu urbain. Excentrique d’une certaine manière, mais imaginatif, Mark Dion nous fait vivre l’histoire et les fantaisies des sciences naturelles. Il parle de la voix forte, sérieuse et autoritaire, du scientifique.

La nature est devenue un champ de bataille physique, conceptuel et idéologique. Une consommation irraisonnée de la nature (pollutions, disparition d’espèces animales et végétales) coexiste, comme par compensation, avec une fascination, une production de nature (par de nouvelles technologies biologiques et génétiques).

Les représentations des savoirs sur la nature (évidentes dans la disposition des animaux dans les collections de spécimens naturels, ou dans le langage des taxinomies) sont les sujets des investigations épistémologiques de Dion. L’artiste reprend les démarches scientifiques (par exemple, ses classifications des spécimens naturels) et les représente dans des installations ou des performances. Lorsqu’il place dans le formol une panthère rose en peluche à la manière du Musée d’Histoire naturelle, ou lorsqu’il répertorie sur le carton d’emballage qui couvre une peau de tigre le nom des espèces en voie de disparition, Mark Dion s’amuse à offrir une lecture décapante des codes qui régissent les représentations institutionnelles du monde naturel.

Il explore l’histoire et les fantaisies des sciences naturelles afin de déconstruire les codes visuels et idéologiques qui ont formaté notre connaissance-expérience de la nature. Cela à partir des institutions culturelles et scientifiques comme les Musées d’Histoire naturelle, ou les zoos, et surtout au travers d’expositions telles que Extinction, Dinosaures and Disney, Animals , Art-Culture-Ecology, What Happened to the Institutional Critique, Citta Natura, Mark Dion: Musée d’histoire naturelle et autres fictions, The Natural world, etc.

Ses objets et installations prennent toujours en compte leur environnement géographique et culturel. A partir d’objets récupérés, ses travaux entrecroisent le pragmatisme scientifique avec les questions esthétiques les plus actuelles.

L’Art, la Culture, l’Ecologie définissent le territoire dont Mark Dion aborde la complexité par le biais de l’art.

Mark Dion :
Theatrum Mundi Armarium, 2001. Cabinet en bois et objets divers. 281 x 280 x 63 cm.
Deep Time (for Lord Kelvin and Robert Smithson) , 2001. Bois, lettres peintes et goudron. 111 x 160 x 55,5 cm.
Later Shere Khan, 1990. Peau de tigre dans une boîte en carton. 40 x 60 x 33 cm.
Desk of the Paleontologist, 2001. Bureau et objets divers. 70 x 150 cm.

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