PHOTO | CRITIQUE

Le Bar floreal, Interrogation sur le monde

PCarlotta Bailly Borg
@12 Jan 2008

Fondé en 1985, le Bar floréal a aujourd’hui 20 ans. A cette occasion, deux expositions et la parution d’un livre dressent un bilan des productions et orientations photographiques du groupe. Porteur d’une diversité de regards et d’écritures, ce groupe de photographes interroge notre société, avec une véritable conscience du collectif.

L’espace est certes trop réduit pour couvrir la richesse de vingt ans de pratiques photographiques. Mais l’esprit du collectif est là ! L’exposition «Interrogation sur le monde» occupe la vitrine de la rue François Miron. Tournée vers l’extérieur, elle est visible par tous depuis la rue. Cette visibilité met déjà en scène, à elle seule, une des préoccupations majeures du groupe : l’Autre.

Interroger l’Autre. L’Autre lointain, celui des voyages et des reportages à l’étranger, ou l’Autre proche : envisager toujours chaque rencontre comme une nouvelle expérience, explorer les différences, et évidemment travailler ensemble…

Le regard et la sensibilité de chaque photographe permettent au groupe tout entier d’évoluer. Bousculer, questionner ensemble la photographie pour s’inscrire dans une production sans cesse renouvelée et construire jour après jour la dynamique et l’homogénéité d’un groupe dont la force est justement cette confrontation entre des regards individuels et l’échange collectif.
Participer, partager, donner, se remettre en question par rapport à soi et au groupe, se mettre en danger, avancer.

Reportages pour la presse grand public, commandes institutionnelles, projets d’éditions, ateliers avec les habitants de différents quartiers… Pour les photographes du Bar floréal, «il ne s’agit plus de prendre des photographies, mais de les partager».

Pourtant chaque photographe a son style propre :
Bernard Baudin nous fait découvrir Cuba. Ses photographies en noir et blanc nous laissent imaginer un univers haut en couleurs, où différentes cultures se confrontent et se mélangent, sur fond de musique hip hop.

Jean-Christophe Bardot photographie la ville. Ambiance inquiétante, électrique, quelque chose ne va pas de soi dans ses images qui sont envahies par une théâtralité sourde provoquant un déséquilibre. La réalité se trouble, la ville devient décors, les gestes, des rôles…

Sophie Carlier, autoportraits. Elle se photographie à travers des miroirs comme on photographierait quelqu’un d’autre. Elle met ainsi une distance entre elle… et elle ; parle de désir et de solitude, poésie brute d’un quotidien actuel.

Jean-Luc Cormier, avec La Traversée des apparences, un jour, une image, une lecture du monde, adopte une problématique double. Très influencées par son univers philosophique et poétique, ses photographies s’inscrivent aussi dans une réflexion autour de l’image numérique que Cormier utilise depuis 2000.

Hervé Dez dresse le portrait économique de Bor, ville de l’est de la Serbie, documentant un quotidien difficile où le temps semble s’être figé. Commencé depuis 1996, son travail sur l’après guerre dans les Balkans (en collaboration avec le journaliste et historien, Jean-Arnault Dérens à partir de 2000), s’inscrit dans la durée. Prenant le temps d’approfondir et de tisser des liens avec les personnes qu’il photographie, Hervé Dez nous raconte des bribes de vies.

Éric Facon photographie la France. Le trouble s’installe alors : les paysages et les personnages semblent à la fois connus et étrangers…

Marc Gibert sillonne la banlieue parisienne, des lieux frontières, entre-deux. A vingt minutes d’ici, même le paysage et l’architecture semblent hésiter.

Alex Jordan capte l’atmosphère de Berlin. Loin des photographies touristiques, il saisit en noir et blanc des images intransigeantes qui happent l’œil. Jordan est aussi graphiste, et pour lui la force de l’image est aussi importante que ses qualités plastiques.

André Lejarre témoigne de l’énergie du quartier de Belleville. Interrogeant le déroulement du temps, avec des images qui rappellent les plans-séquences du cinéma, il photographie avec sincérité et affection son quartier et ses habitants.

Pour Olivier Pasquiers, photographier c’est avant tout échanger, partager avec l’autre. Dans le plus grand respect des personnes et des situations, chaque image est une rencontre, un souvenir.

Caroline Pottier, vit la photographie comme un moyen de participer au monde. Travaillant sur les laissés pour compte, elle photographie ici les habitants du Nicaragua, l’un des pays les plus pauvres du monde.

Les photographies de Nicolas Quinette explorent des visages en détresse. Les rues de Bénarès, vibrant d’un flou photographique, inquiètent et hypnotisent. Très éloignées du document, ces photographies témoignent du style exigeant de Quinette et marquent l’esprit du spectateur.

L’exposition «Interrogation sur le monde» présentée à la MEP n’est qu’un aperçu de ce que peut offrir le collectif du Bar floréal. Elle a le mérite de donner envie d’en savoir d’avantage sur une activité où la photographique est pratiquée au carrefour du document, de la recherche esthétique et de l’interrogation critique et militante sur le monde…

Site internet du Bar Floréal

Intime et partage, galerie du Bar floréal. 43, rue des Couronnes, 75020 Paris
Du 7 décembre 2005 au 4 février 2006.

— Bernard Baudin, Cuba, 1999 et 2001
— Jean Christophe Bardot, Sans titre, 1997-2003
— Sophie Carlier, Autoportrait etc.… , 1986-2001
— Jean Luc Cormier, La traversée des apparences, 2005
— Hervé Dez, Transitions amères, 2004
— Eric Facon, En France, 2003-2005
— Marc Gibert, A vingt minutes d’ici, 1992-1995
— Alex Jordan, Berlin, 2000–2005
— André Lejarre, Belleville, milieu du monde, 1993
— Olivier Pasquiers, Les oubliés de guerre. Anciens combattants marocains de l’armée française dans des foyers Sonacotra, Beauvais, 2005
— Caroline Pottier, Portrait du Nicaragua, 2004
— Nicolas Quinette, Bénarès, ville de la mort, 2005