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Le Baiser du papillon

L’exposition «Expérience verticale» nous avait menés en 2006 dans un monde fantastique où régnaient des anges espiègles et des enfants sauvages. Katia Bourdarel ne semble pas s’être défaite des terreurs et des beautés de l’enfance. Tour à tour elle remet à jour dans ses dessins, peintures, installations ou vidéos les contes populaires qui émaillent l’inconscient collectif et alimentent notre imaginaire : Peau d’âne, Le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, etc.

Réalistes, ses œuvres concrétisent la tangibilité du rêve : elle montre la contingence de la chair nue d’une princesse (Peau d’âne, 2004), l’érotisme sous-jacent aux féeriques histoires d’amour (Glissements, 2002), la tragédie et la cruauté présentes dans les dessins animés de Walt Disney (Bambi For Ever, 2004).

Le Baiser du papillon (2008) est une suite d’aquarelles et d’huiles sur toile montrant sur un fond rouge sang une jeune fille au regard fixe. Dans ses cheveux bruns déployés se trouvent pris au piège de grands papillons.
Entre deux âges, l’adolescente accomplit sa métamorphose, allégorisée par l’insecte mutant. Naïvement, elle tient au creux de ses mains un oiseau mort, symbole réitéré de l’enfance et de l’innocence perdues. Le film d’animation La Danse du papillon (2008) est une variation en mouvement sur le même thème.

Dans la série De l’autre côté (2008), une jeune fille perdue dans ses songes se mire dans une surface miroitante, prête là aussi, telle une féminine Narcisse, à la métamorphose : fascinée par sa propre image, elle s’évade de son corps, l’esprit de l’enfance semble s’être envolée avec les papillons.

Présentées conjointement à ces œuvres récentes, l’installation L’Inaccessible (2006) et la série de photographies Princesse de rien (2006) explorent le lien étroit entre merveilleux et terreurs inconscientes.
Ainsi le château de bois de L’Inaccessible évoque-t-il celui de la Belle au Bois dormant. Une vidéo projetée sur l’objet représente un vol d’oiseaux, et l’éclaire violemment d’une lumière blafarde. Des cris étouffés mettent fin à l’illusion du conte de fées, tandis qu’autour les Princesses de rien sourient dans la pénombre.

Katia Bourdarel
Série Le Baiser du papillon, 2008. Aquarelle et huile sur toile.
Série De l’autre côté, 2008. Aquarelle et huile sur toile.
La Danse du papillon, 2008. Vidéo d’animation.
Série Princesse de rien, 2006. Tirage argentique. 50 x 50 cm
L’Inaccessible, 2006. Installation : projection vidéo en boucle sur un volume en bois. 160 x 60 x 50 cm