DANSE | SPECTACLE

DañsFabrik | Consul et Meshie

01 Mar - 02 Mar 2019

Performance ouverte, Consul et Meshie, des chorégraphes Latifa Laâbissi et Antonia Baehr, secoue les catégories. Durant sept heures, les deux performeuses jouent les singes humains, pour des grands singes en quête d'humanités. Creusant, avec dérision et autodérision, la violence des conventions sociales.

Danse, performance, installation ? Voici Consul et Meshie (2018) de, et avec, Latifa Laâbissi et Antonia Baehr, dans une installation visuelle de Nadia Lauro. Soit une expérience de sept heures, en forme de dispositif ouvert. Un lieu de passage où Consul et Meshie auront installé leurs pénates, le temps d’une performance corrosive. Car si la vérité sort de la bouche des enfants, c’est pour mieux laisser aux animaux le soin de refléter les humains. L’expression ne consacre-t-elle d’ailleurs pas les singes comme virtuoses de l’imitation ? Consul et Meshie sont ainsi deux singes. Deux chimpanzées femelles prenant place dans une institution culturelle pour y déplier leur histoire. Celle d’une autre époque. Une époque reculée : le début du XXe siècle aux États-Unis. Avec deux chimpanzées, Consul et Meshie, vivant en humains parmi les humains. Performance joyeusement grinçante, Meshie et Consul y évoluent librement poilues, impertinentes et impudiques.

Consul et Meshie de Latifa Laâbissi et Antonia Baehr : entre scène et obscène

Nichées dans leur espace installé à l’écart de la scène, dans l’obscène de l’humanité, Consul et Meschie exposent leur étrangement familière existence simiesque. Entre intérieur de voiture en cuir et lit-radeau, les deux performeuses déploient ainsi un espace d’observation. À la lisière de l’humanité, les grands singes sont habituellement considérés comme « presque » humain. Et tout est dans ce presque. Car si de définition ferme de l’humain il n’y a pas, tout ce qui est identifié comme « presque » humain sert alors à borner l’humain. Presque humaines, Consul et Meschie ont certainement l’outrecuidance de se croire humaines. Et les spectateurs venant les visiter auront à se faire une opinion. Comme au parc zoologique. Mais attention, car Latifa Laâbissi et Antonia Baehr ne sont pas du genre à se laisser enfermer dans des clichés et catégories.

Singeries humaines ou humanités simiesques : un dispositif performatif ouvert

Chorégraphes au long cours, Latifa Laâbissi et Antonia Baehr livrent avec Consul et Meshie une performance acérée. « Deux humains jouent aux singes, qui jouent aux humains pour les humains. » Qui est qui, dans ce jeu de miroirs et de spéculations ? Tour à tour avachies ou brodant quelques mirifiques dentelles dans l’attente d’un quelconque prince… Meshie et Consul restent aux aguets du monde. Somnolentes ou vives, elles miment des danses de Valeska Gert, des clips vus sur Youtube, des discours d’extrême droite, des morceaux de bravoure animaliers. Avec leur costume caricaturant fourrure et mamelles, la performance oscille entre plaisanterie et renversement. « Il n’est aucun témoignage de culture qui ne soit en même temps témoignage de barbarie. » Et allégeant par l’humour cette douloureuse phrase de Walter Benjamin, Consul et Meshie n’en décortique pas moins la violence des conventions sociales. À retrouver pendant DañsFabrik 2019.