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Late Night Paintings

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Peintre exerçant à la lisière de l’abstrait et du figuratif, l’Américain Les Rogers propose à la galerie Suzanne Tarasiève une immersion dans l’histoire des formes, baignée par la lumière de la nuit.

Explorant encore et toujours les enjeux actuels de la peinture, la galerie Suzanne Tarasiève présente les toiles monumentales et largement brossées du peintre new-yorkais Les Rogers. Exceptées une grande toile représentant un profil de femme embrassant un homme hors cadre (Emma, 2007), et une autre montrant des livres ouverts sur une table (Open, 2007), les œuvres présentées ne permettent pas au spectateur d’identifier de sujet précis. Les larges coups de brosse distribués d’une manière faussement erratique évoquent l’expressionnisme abstrait américain, même si, sous-jacent, demeure l’intuition d’une forme, tapie dans l’ombre.

Car plus encore que de formes, il s’agit d’ombres et lumières dans cette nouvelle série de toiles de Les Rogers. L’artiste a largement assombri sa palette lors de séances de peinture exécutées de nuit, dans son atelier du New Jersey situé près de l’océan. On retrouve ici le thème de la «vision nocturne», comme le souligne le critique d’art Richard Leydier dans le petit catalogue publié par la galerie. Cette vision même que depuis Rembrandt, Georges de La Tour, et jusqu’à Van Gogh, les peintres tentent de capter, cette lumière de «l’heure bleue» où les formes et les couleurs se dissolvent.

S’inspirant d’un autre peintre de la nuit, son compatriote Edward Hopper, Les Rogers retrouve, dans la somptueuse toile New York Movie (2007), l’ambiance mélancolique de la toile éponyme de 1939, conservée au MoMA de New York. De la scène où l’on voit une ouvreuse patientant nonchalamment dans le couloir d’un théâtre, Les Rogers a gardé la composition générale, mais éliminé le sujet ; les lumières blafardes du théâtre sont rendues par un jaune électrique, tandis que la silhouette de la jeune femme est muée en une gigantesque forme peinte rageusement, comme pour exprimer le désarroi du personnage.

On retrouve cette démarche de brouillage dans la toile Summer Night (2007), d’après un tableau de Winslow Homer, visible au musée d’Orsay, représentant un couple valsant devant la mer éclairée par le clair de lune. Les Rogers en a retenu l’artificielle luminosité et la couleur bleu profond qui confèrent à chacune des œuvres, figurative ou abstraite, une tension surnaturelle. Le jeu sur les différents tons de bleu est également à l’œuvre dans Dark County (2007), là encore toile abstraite, évocation d’une vision nocturne de paysage faiblement éclairé par une tache rouge.

Aplats et longues coulures rythment les compositions de Feel the Way (2007) ou Barn Studio (2007), tandis que l’énigmatique Bulkhead (2007) interroge le spectateur : paysage, nature morte ou simple assemblage de couleurs ? Les Rogers se plaît à entretenir le doute.

Les Rogers
Mental Furniture, 2007. Huile sur toile, 122 x 91,5 cm
Bulkhead, 2007. Huile sur toile, 137 x 152,5 cm
New York Movie, 2007. Hhuile sur toile, 228,5 x 310 cm
Barn Studio, 2007. Huile sur toile, 213,5 x 167,5 cm
Dark County, 2007. Huile sur toile, 132 x 152,5 cm
Bare Evening, 2007. Huile sur toile, 122 x 91,5 cm
Mirror Youth, 2007. Huile sur toile, 122 x 91,5 cm
Summer Night, 2007. Huile sur toile, 193 x 274,5 cm
Feel the Way, 2007. Huile sur toile, 183 x 152,5 cm
Emma, 2007. Huile sur toile, 137 x 157,5 cm
Fast Embrace, 2007. Huile sur toile, 152,5 x 152,5 cm
Let’s Decide, 2007. Huile sur toile, 61 x 45,5 cm
Post War Painting, 2007. Huile sur toile, 152,5 x 122 cm
Open, 2007. Huile sur toile, 152,5 x 183 cm