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L’art au risque de la technologie, Les appareils à l’œuvre T1

Le monde s’appareille et la technologie s’insinue partout... L’art n’est pas resté à l’abri de cette invasion, les œuvres d’hybrident, elles sont dynamiques, interactives, algorithmiques, instables créant de nouvelles formes pour l’art et ses figures. Cet essai s’intéresse au temps de la création de l’œuvre et à son existence objectale.

Information

Présentation
Pascal Krajewski
L’art au risque de la technologie, Les appareils à l’œuvre T1

«C’est une question d’allure kantienne que cet ouvrage articule: à quelles conditions un «art technologique» est-il possible? Et de même que la philosophie transcendantale fait fond sur la révolution copernicienne, poursuivie par Newton, ainsi la présente synthèse, qui prend à bras le corps la question de l’art au risque de la technologie, présuppose la révolution numérique.

Or, le propre d’une révolution, c’est qu’elle transforme incœrciblement un domaine de réalités extensives en un ordre — notion qu’il faut entendre à la fois dans sa signification transitive (un ensemble gouverné de relations) et dans le sens que lui donne Pascal, c’est-à-dire celui d’une sphère exclusive d’intelligibilité ne formulant et interprétant des vérités pertinentes qu’à méconnaître radicalement d’autres types de vérités.

Le grand mérite de l’ouvrage, en un sens sa radicalité, réside justement dans la cœrcition assumée de ce que l’auteur appelle l’ordre technologique. Cherchant invinciblement à étendre son empire, non par intention, mais du fait de la tendance qui le constitue formellement, comment peut-il négocier, passer des compromis, se marier avec des sphères de phénomènes obéissant à des motifs ou des règles d’une nature si étrangère?

Pascal Krajewski ne se fait pas la partie facile: non seulement, en effet, les deux termes qu’il rapproche (l’art et la technologie) sont à tous égards impairs, mais ils paraissent relever de principes exclusifs, s’il est vrai qu’il y a loin – un infini, dirait Pascal – entre l’âme de l’art, qui le dédie à la sensibilité et l’ordre technologique dont la logique n’admet pas de trous et, une fois lancée, développe froidement ses conséquences ou plutôt actualise son programme, tout son programme.

À en croire Stendhal, «l’expression est tout l’art» et «chaque artiste devrait voir la nature à sa manière». «Il faut avoir une âme», écrit-il encore, du moins si l’on veut être un artiste. Certes, dira-t-on, l’art romantique n’est pas tout l’art, il reste qu’il préempte largement un certain profil transhistorique de l’art en Occident et souligne en lui cette condition existentielle que les combats des avant-gardes ont finalement plus confirmée qu’invalidée: la pérennité du lien entre l’historicité de l’art et la singularité (là où le dix-huitième disait «génie», le vingtième dira «originalité») de la création. Il y a, qu’on le veuille ou non, un héritage de l’art. Ces attaches quasi viscérales de l’art au sens de son histoire s’opposent, en première analyse, au caractère, non pas seulement neuf mais inédit de «l’art appareillé» et, plus largement, à la «nudité» d’un univers de l’information qui, parce qu’il dispose du virtuel, n’est réel que là où il fonctionne: dans l’effectuation d’une mémoire sans souvenir.

C’est dire, encore une fois, que le propos du livre, empreint d’une réflexivité roborative, exigeante, refuse d’emblée sa porte aux clichés et autres facilités de pensée qui, touchant cette thématique, sont aujourd’hui légion. Le stéréotype lénifiant du «bon usage» de la technologie (variante: de la science), qui enjoint de subordonner les pouvoirs de l’appareil à l’intention d’art, non seulement ne livre pas le mode d’emploi de ce beau programme, mais évite surtout de penser conséquemment tant le caractère invasif de la technologie que la dimension sempiternellement problématique de cette activité énigmatique, nommée «art» (tout court) en Occident depuis quelques siècles et qu’on trouve partout attestée sous un nom ou sous un autre sans qu’on ait jamais été capable, observe Freud lui-même, de lui assigner une fonction précise dans la culture. C’est ainsi à la rencontre, voire à la collision (ne suffirait-il pas de changer une voyelle?), de l’énigme redondante de l’art et des appareils technologiques sous-traitant le traitement de l’information en peuplant notre environnement de façon de plus en plus massive que la réflexion de Pascal Krajewski se consacre en convoquant les outils de l’épistémologie, de l’esthétique (philosophique), de l’anthropologie des techniques.

L’auteur assure dès l’abord la clarté de la problématique engagée en distinguant nettement technique et technologie – nonobstant les relations génétiques et historiques qui, bien sûr, les articulent dans le temps. De même que la révolution industrielle a concentré brutalement les techniques extensives (les «tours» de l’artisan isolé) dans un ordre cimenté par la production sérielle et la diffusion massive, de même c’est l’invasion des appareils et l’extension du milieu numérique (internet) qui induit et consacre le règne de la technologie informatique.»
Michel Guérin, Préface, Extrait.

Pascal Krajewski est docteur en sciences de l’art. Ingénieur de formation, conservateur de bibliothèque à Toulouse, il travaille dans le domaine de l’informatique documentaire.

Sommaire
Tome 1: Les appareils à l’œuvre

— Michel Guérin. Préface

— Prologue: Qu’est-ce que la technologie?

— Introduction: L’art sous tension

— Partie I: La Poïèse multipolaire
La technè en sous traitance
Le medium parasite
La création sous protocole
De la synthétisation à la synthèse figurale
L’auctorialité en questions

— Partie II: L’hyper-espace plastique
L’espace des archétypes
La possibilité d’un prototype d’art
Lieu et infrastructure
Les domaines de la réplicabilité technologique