DANSE

Chiquenaudes | Romance en stuc

22 Nov - 22 Nov 2019

Que reste-t-il, plus de 35 ans après sa création, d'une chorégraphie ? De son originalité et de sa subversion de l'époque ? Comment en transposer fidèlement les gestes, les costumes, la musique de nos jours, sans que les années écoulées ne dénaturent la danse initiale dans l’œil du spectateur ? Voilà le défi que chorégraphe Daniel Larrieu se propose de relever.

Daniel Larrieu compte parmi les grands chorégraphes français révélés par le fameux Concours de Bagnolet qui, au cours des décennies 1970 et 1980, servit de véritable tremplin aux jeunes talents de la danse contemporaine et de plateforme à l’émergence de la Nouvelle danse française. Sa courte pièce Chiquenaudes en gagna le deuxième prix en 1982. Trois ans après, il monta son spectacle Romance en stuc au Cloître des Célestins, dans le cadre du Festival d’Avignon. Il s’agit donc de deux pièces de jeunesse, qui, par delà la « naïve imperfection » que le chorégraphe peut y percevoir aujourd’hui, incarnent l’une comme l’autre deux tentations qui parcourent son travail, tout comme l’histoire de la danse elle-même : celle du geste pur et celle du geste narratif.

Chiquenaudes et Romance en stuc : des œuvres de jeunesse aux antipodes l’une de l’autre

Dans Chiquenaudes, il s’agissait d’une chorégraphie pour trois danseurs, sans musique ni narration, consistant en un enchaînement rapide de gestes simples mais précis durant neuf minutes. Comme son titre l’indique, cette chorégraphie démontre l’intérêt de Daniel Larrieu pour les gestes à la fois les plus infimes, à l’instar de la rotation d’un doigt levé en l’air, et les plus évocateurs de la vie de tous les jours. Ce formalisme pur laisse place petit à petit dans son œuvre à la narration, dont témoigne son spectacle Romance en stuc.

Cette pièce, dansée par onze interprètes, racontait au cours d’une heure l’histoire d’un couple séparé par le destin – destin personnifié par un danseur venant briser les liens amoureux des protagonistes à coups de gestes rappelant les arts martiaux. Sur scène, outre les deux amants, un chœur antique composé de figures masquées, aux perruques colorées, aux corps couverts de peinture, de latex et de soie, portait le récit tragique. Si la même attention aux gestes minutieux persiste dans le prolongement de Chiquenaudes, cette danse est cette fois-ci théâtralisée, rythmée par une bande-son et entrecoupée de lectures de textes.

Récréer fidèlement Romance en stuc 35 ans après

L’entreprise de Daniel Larrieu ne se limite cependant pas à la simple redécouverte du début de sa carrière artistique. Plus largement, elle pose la question de la transmission, à travers les années, d’une chorégraphie, ainsi que de sa substantifique moëlle créative et subversive, propre à un moment artistique et historique donné. Comment faire perdurer le choc que pouvait représenter Romance en stuc dans les années 1980 ? Comment le faire sentir de manière spontanée aux spectateurs, sans qu’ils aient à recourir aux livres d’histoire de l’art ? Pour ce faire, il ne touche pas à la danse elle-même – patrimoine immatériel, réanimé par les corps des jeunes danseurs. En revanche, dans Romance en stuc, la scénographie change, rappelant la topographie de son lieu de création, sans pour autant verser dans la nostalgie. Ainsi, des marquages au sol indiquent par exemple l’emplacement des éléments de décor de la représentation d’origine, mais la mise en scène réinvestit ces espaces vides pour y créer un nouveau spectacle.

A (re)découvrir le 22 novembre 2019 au Cda Enghien-les-Bains.