ART | EXPO

Christian Bonnefoi. L’apparition du visible

22 Oct - 05 Jan 2009
Vernissage le 20 Oct 2008

La peinture de Christian Bonnefoi s’est nourrie d’une large réflexion sur d’autres pratiques et procédures plastiques, en particulier le collage, l’assemblage et le montage. L’artiste s’est fixé comme objectif de donner à "voir" l’infinie complexité des composantes matérielles et historiques de la peinture.

Christian Bonnefoi
L’apparition du visible

Le Centre Pompidou présente, pour la première fois, une exposition-rétrospective de l’oeuvre de l’artiste Christian Bonnefoi, figure singulière de la scène française contemporaine depuis les années 1970.

Cette exposition, qui s’étendra sur 700 m2, permettra de saisir l’originalité d’une oeuvre restée résolument picturale et abstraite, alors même que la peinture était donnée comme dépassée au profit d’autres territoires artistiques, ou qu’elle s’était engagée dans un retour à la figuration. Christian Bonnefoi relève le défi de détruire toute image pour retrouver la peinture.

La peinture de Christian Bonnefoi s’est nourrie d’une large réflexion sur d’autres pratiques et procédures plastiques, en particulier le collage, l’assemblage et le montage. L’artiste s’est fixé comme objectif de donner à « voir » l’infinie complexité des composantes matérielles et historiques de la peinture.

Avec près d’une centaine d’oeuvres – depuis les premiers collages des années 1970 jusqu’aux derniers tableaux peints en 2008 de la série des « Babel » et des « Ludo » -, le parcours chronologique met en évidence les grandes séries qui construisent le travail de Bonnefoi.

Il offre la possibilité de mesurer la cohérence de son projet artistique et de montrer la spécificité de sa démarche, qui se veut spéculative, expérimentale, au profit d’une « relance » de la tradition classique du tableau.

Héritier des minimalistes des années 1970, son oeuvre peint se définit comme anti-figuratif, anti-fictionnel, anti-subjectif, construit en effet sur un propos radical de désarticulation et de réarticulation des constituants de la peinture : surface, plan, cadre, geste, couleur, dessin.

« Le tableau n’a de valeur que si tout a été mis en oeuvre pour sa perte » postule Bonnefoi. Il s’agit pour lui de reformuler la « question du tableau », c’est-à-dire la création d’une surface qui permet au tableau de se constituer.

C’est à la possibilité de « l’apparition du visible » que toute sa stratégie s’applique, et à l’interrogation de cette « énigme » qu’elle s’attache, en multipliant les modes d’approche.

La trajectoire de l’oeuvre s’est construite autour de l’axe central des « Babel », dans un va-et-vient constant entre travaux de papier de soie et ceux de tarlatane, tous fondés sur une pratique commune : le collage, qui autorise, en détruisant l’unité de la surface, toutes les manipulations.

Tarlatane et papier de soie – tous deux transparents, souples, poreux – permettent, par passage de la colle, toute une suite d’imprégnations et de superpositions de la matière de la peinture acrylique ou du tracé de crayon graphite ou du pastel, qui s’effectuent « à l’aveugle », au recto ou au verso ou les deux à la fois.

Tous ces procédés et ces matériaux finissent par se juxtaposer, s’entrelacer et se complexifier jusqu’à ce que soit obtenu un « feuilletage » inextricable de la surface, qui se constitue en « tableau ». L’oeuvre est ainsi formée autant par ce qu’elle cache que par ce qu’elle révèle.

L’enjeu pictural de Christian Bonnefoi, qui a suscité très tôt l’intérêt des historiens d’art comme Yve-Alain Bois et Georges Didi-Huberman, avant de mobiliser aujourd’hui celui des analystes des images Jean Louis Schefer et Philippe-Alain Michaud, se révèle paradoxal.

Quoique conceptuelle, et fondée sur une « méthode » – le mode d’exécution commande le caractère aléatoire du résultat final -, sa peinture offre une grande force plastique.

Qu’elle relève, telle une « peau », du diaphane, de l’infime jusqu’au minimal, ou qu’elle soit saturée, excessive, gestuelle, presque baroque, elle impose la tactilité de ses matériaux et l’énergie de ses effets de tension.

Contractions et expansions animent les surfaces chaotiques de ses tableaux, commandent les formes serpentines qui se croisent et se juxtaposent.

Dans la série plus récente des « Ludo », à partir de 2000, les collages de papier de soie peints échappent au cadre quadrangulaire habituel pour se répandre librement sur les murs : le tableau existe sans son cadre.

Non dogmatique, l’expérimentation reste pour le peintre Christian Bonnefoi un jeu ouvert, un champ d’investigation toujours remis en question.

Publication
Catalogue
Sous la direction d’Agnès de la Beaumelle, coédition Gallimard / Centre Pompidou.
Préface d’Alain Seban.
Introduction d’Alfred Pacquement, essais de Jean Louis Schefer, Ann Hindry et Philippe-Alain Michaud.
Textes de Christian Bonnefoi.
192 pages, 110 illustrations n/b, format 200 x 240 mm
39 euros, incluant un dvd

Signature du catalogue de l’exposition par l’artiste
Jeudi 30 octobre à 18h30 à la Librairie.

Film diffusé dans l’exposition
Kino-peinture
Un film de Christian Bonnefoi et Frédéric Le Clair
Avec Jean Louis Schefer et Philippe-Alain Michaud
Musique : Pascal Dusapin
Durée : 34 mn
© Centre Pompidou, 2008.

Autour de l’exposition
« Un dimanche, une oeuvre »
Christian Bonnefoi, « Babel II », 1979
Dialogue entre Christian Bonnefoi et Philippe-Alain Michaud, conservateur aux collections cinémas du Centre Pompidou / Musée national d’art moderne.

Dimanche 16 novembre 2008 / 11h30 / Petite salle
4,50 euros / tarif réduit 3,50 euros / gratuit avec le laissez-passer

De loin, la grande toile rectangulaire « Babel II », 1979, semble accomplir un projet pictural conventionnel : la construction d’une surface homogène sur laquelle un ensemble de signes aurait été distribué.

De près, il apparaît que la peinture, plutôt qu’à l’élaboration de la surface, travaille à sa déconstruction : couturée, discontinue et composite, organisée sur plusieurs niveaux de profondeur, celle-ci ne tient que par le filet de la tarlatane qui recouvre entièrement sa face visible.

« Babel II » est une oeuvre emblématique du travail de Christian Bonnefoi : dislocation des temporalités et des phases successives de l’exécution, déplacement d’accent de la face vers le revers, réhabilitation de la profondeur au détriment des enchaînements latéraux.

Le processus d’élaboration du tableau se confond avec la déstructuration de l’espace traditionnel de la peinture ou encore, selon les termes mêmes de l’artiste, avec «la destruction de l’entité de surface» dont « Babel II » reste une sorte d’archétype.

critique

L’Apparition du visible