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Labo Photo. Six photographes africains en Seine-Saint-Denis

PCarmen Perrin
@12 Jan 2008

À l’heure où l’œil des médias est braqué vers le chaos des banlieues, l’exposition Labo Photo, organisée au Blanc-Mesnil, présente avec humanité la population africaine des cités. C’est l’Afrique de la banlieue parisienne vue par des photographes africains en transit.

Au moment où les violences urbaines rythment les nuits de la Seine-Saint-Denis, le métissage des cultures existant dans les banlieues et les cités est malgré tout une source de créativité et de production artistique, aspect que les médias ignorent le plus souvent.

L’exposition présentée au Forum culturel du Blanc-Mesnil rassemble six photographes africains issus d’horizons et de cultures différents : Hicham Benohoud (Maroc), Nadia Ferroukhi (Algérie), Ananias Léki Dago (Côte d’Ivoire), Emeka Okereke (Nigéria), Sergio Santimano (Mozambique) et Youssouf Sogodogo (Mali). Cette exposition s’inscrit dans un projet organisé par l’association L’Œil en cascade (Montreuil), qui se consacre à la découverte et à la promotion des cultures et des arts visuels contemporains de tous les continents.

Pour cela, les photographes ont été accueillis en résidence (pendant une période allant de quinze jours à un mois) dans différents lieux du département avec pour mission d’observer, chacun à sa façon, comment la communauté africaine s’inscrit dans la culture et la société françaises.

Au travers des photographies, on perçoit les difficultés que rencontrent les immigrés à affronter la tension entre la fidélité à leurs traditions et l’intégration dans une société occidentale.
L’originalité du projet est de présenter des regards croisés d’Africains immergés pour une période définie, comme en transit, dans un univers qu’ils ne connaissent pas. Les Africains de France ont ainsi été observés de l’extérieur par des Africains : à la fois mêmes et différents d’eux.

L’exposition «Labo photo» présente des images sans artifices, sans cadres, sans cimaises, parfois posées sur une chaise, ou simplement mises au mur…

Les approches sont variées : Sergio Santimano et Nadia Ferroukhi sont reporters, tandis que la démarche de Icham Benohoud, professeur d’arts plastiques à Marrakech, est plus plasticienne. Mais tous proposent un regard sur la situation complexe de la population africaine tiraillée entre plusieurs forces : la double appartenance, les conflits entre traditions et société de consommation, le mode d’adaptation ou le niveau d’assimilation variable au sein d’une même famille selon les générations.

Cette exposition permet de mieux éprouver les difficultés des immigrés à gérer la réalité contraignante de leur double culture. «Labo Photo» offre des Africains des banlieues des visions multiples : oniriques, mises en scène, ou encore proches du photojournalisme. Mais c’est la vision d’Africains sur leurs compatriotes confrontés à un monde, un lieu, une culture différents de celles de leurs ancêtres.