ART | EXPO

La vie domestique

18 Oct - 18 Jan 2015
Vernissage le 17 Oct 2014

«La vie domestique» se propose d'envisager ce qui se joue derrière les portes closes de nos espaces domestiques. Ces derniers sont le lieu de tensions et de luttes internes tout autant que le lieu du désir, de l'imaginaire et d'une écriture de soi. C’est cet aller-retour constant entre espace privé et espace public, entre l'intime et sa représentation, qui est au cœur de l'exposition.

Marc Camille Chaimowicz, Moyra Davey, Lili Reynaud-Dewar, Laura Lamiel, François Lancien-Guilberteau, Leigh Ledare, Sébastien Rémy, Sabrina Soyer, Frances Stark
La vie domestique

Après avoir abordé l’habitat sous son angle social et politique («Les Nouvelles Babylones», 2013) et à travers le projet de Jean-Pascal Flavien («Breathing House», 2012), le Parc Saint Léger présente l’exposition «La vie domestique», qui se propose d’envisager ce qui se joue derrière les portes closes de nos espaces domestiques et comment ces espaces domestiques sont le lieu d’un jeu de tensions et de luttes internes tout autant que le lieu du désir, de l’imaginaire et d’une écriture de soi.

Cette écriture de soi — pour reprendre une terminologie notamment liée à Marguerite Duras, auquel le titre de l’exposition fait implicitement référence —, met en scène une tension entre deux positions psychiques: l’écriture de soi pour revendiquer son identité (voilà qui je suis) mais aussi pour témoigner d’une altération (voilà qui je suis empêché d’être). L’exposition «La vie domestique» se configure alors comme une recherche: la recherche d’une délimitation de soi, et comment cette délimitation s’incarne dans notre espace domestique — tour à tour terrain de jeux, scène de théâtre ou laboratoire —, en vue de produire et de créer des modalités singulières d’être au monde.

L’installation de l’artiste français François Lancien-Guilberteau semble nous interroger de manière énigmatique sur ce qui se trame derrière ces portes closes — tramer au sens du mauvais coup que l’on prémédite, dans la mesure où cette écriture de soi doit constamment transgresser tout un ensemble de normes dictées par la société. Pour Laura Lamiel, cette écriture de soi suppose que le sujet laisse exister un être nécessairement multiple, complexe et fragmenté, fait d’ombres, de lumières et d’une mémoire enfouie qu’il s’agit de révéler, et que l’artiste matérialisera par une installation spécialement produite pour l’exposition. Ici, mémoire et imagination ne se laissent pas dissocier, l’une et l’autre travaillent à leur approfondissement, comme dans l’installation de l’artiste française Sabrina Soyer dans laquelle des éléments biographiques liés à sa grand-mère ou à son coming out côtoient dans une chambre fantasmée des évocations à Virginia Woolf et à Huysmans.

Nos espaces domestiques sont ainsi ces lieux profondément ambivalents, partie intégrante de la construction de notre identité, ils sont également le lieu de notre représentation vis à vis du monde, celui des conventions sociales et de la lutte des classes et des genres. Dans sa série photographique Double Bind, l’artiste américain Leigh Ledare met en vis à vis une double série photographique très intime de son ex-femme avec des pages de magazines dans lesquels le corps des femmes s’offre au regard et au désir masculin. Comment faire en sorte que nos espaces domestiques soient des zones d’activation et de transformation du réel et non le terreau de la reproduction sociale? L’exposition explore ce chemin de la relation personnelle à la chose publique et postule que nos espaces domestiques peuvent être des machines à subversion, et en ce sens, que l’intime est une donnée éminemment politique.

Cet aller-retour constant entre espace privé et espace public, entre l’intime et sa représentation, est au cœur de l’exposition, à un moment de notre histoire collective où les nouvelles technologies de l’information (réseaux sociaux, chat rooms, home made movies, etc.) reconfigurent notre rapport au temps et à l’espace et brouillent toujours plus les frontières entre le dehors et le dedans, l’intériorité et l’extériorité, le lieu de vie et celui du travail, permettant à chacun de les fondre, de les superposer, de les combiner ou de les disjoindre. L’artiste canadienne Moyra Davey et la californienne Frances Stark utilisent des éléments de leur propre biographie mise en scène via Internet pour s’interroger sur ce qui fonde la pratique des artistes et comment la vie de tous les jours, faite de lectures et de rencontres avec d’autres artistes, amis ou figures tutélaires, peut infuser une pratique artistique.

L’exposition postule en effet que nous ne sommes pas seuls dans notre vie domestique, qu’elle est traversée par des voix extérieures qui viennent l’habiter et l’activer, comme si, pour trouver sa voix, il fallait d’abord se laisser posséder par celle des autres, comme s’il fallait pouvoir lire le monde avant de pouvoir l’écrire2. Ainsi, Lili Reynaud Dewar convoque les écrits de Marguerite Duras et Guillaume Dustan, Marc Camille Chaimowicz, sur les traces de Jean Genet, propose un film-collage inspiré par «Les Bonnes» et Sébastien Rémy, à travers des figures aussi disparates que celle de Howard Hughes, les Simpson ou Enrique Vila-Matas, propose une plongée subjective dans l’histoire du reclus et de la chambre, envisagée tout à tour comme le lieu du voyage et celui du confinement.

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