DANSE | SPECTACLE

Festival d’Automne | Happy Island

07 Nov - 09 Nov 2019

Souvent interprète de ses pièces et performances, pour Happy Island la chorégraphe La Ribot laisse cette fois toute la scène à cinq danseurs de la compagnie Dançando com a Diferença. Une compagnie de danse inclusive, pour une pièce conjuguant danse en live et film.

Quand la chorégraphe madrilène La Ribot rencontre la compagnie portugaise Dançando com a Diferença, cela peut devenir quelque chose comme Happy Island (2018). Soit une pièce chorégraphique et filmique pour cinq danseurs. Une joyeuse utopie que Happy Island ? Peut-être, mais ce lieu est bien réel, et les personnes qui le peuplent et le dansent aussi. Scène dépouillée, le film projeté en grand, de Raquel Freire, n’en entraîne que davantage les publics dans un autre espace. Un lieu où la brume existe encore, à l’écart des paysages urbains. Des arbres, des herbes, des flancs rocheux, des montagnes avec leur végétation alambiquée… L’Île de Madère. Car c’est ici que s’est installée, en 2001, la compagnie Dançando com a Diferença d’Henrique Amoedo. À Funchal, une ville de cent-onze-mille habitants jouxtant la réserve naturelle homonyme. Chorégraphe et théoricien de la danse, Henrique Amoedo a forgé le concept de ‘danse inclusive’ en 2002.

Happy Island de La Ribot et la Cie Dançando com a Diferença : danse inclusive

Danse inclusive ? Une danse perméable aux différences. Il y a la danse classique, par exemple, qui demande aux corps de se mettre intégralement à son service. Et tous ne sont pas en mesure de remplir ces exigences. La danse inclusive relève plutôt d’une attention aux plasticités et virtuosités personnelles. Certains des danseurs de la compagnie Dançando com a Diferença sont par exemple porteurs du syndrome de Down. Mais ce n’est pas non plus une condition sine qua non pour intégrer la compagnie. Image dans l’image, Happy Island joue sur la danse, les cimes et les mises en abîme. Les danseurs se dansent en se voyant danser en différé. Un jeu d’images et de regards assez récurrent dans le travail de La Ribot. Qui a notamment choisi de délaisser les scènes de théâtre pour investir les musées, les galeries… Afin de mettre au même niveau physique les regards des créateurs, interprètes et publics.

Happy Island : un jeu de danse live et de danse filmée (par Raquel Freire)

Dans Happy Island aussi les regards se télescopent. Regard sur l’autre, sur soi, sur la danse. Et sur la liberté créatrice à se conquérir dans cette toile serrée de jugements. Sur scène, les danseurs arborent des attributs colorés, carnavalesques. Froufrou de tulle rouge vif, bandeau de plumes vertes et jaunes, tenue léopard, justaucorps en lamé, chaussures à talons et plateformes… Les cinq danseurs de la compagnie Dançando com a Diferença — Joana Caetano, Sofia Marote, Bárbara Matos, Maria João Pereira, Pedro Alexandre Silva — s’entrelacent en live au reste de la compagnie, sur l’écran. Comme le note l’écrivaine Claudia Galhós, pour la danseuse Maria João Pereira par exemple, « se transformer, sur scène, en corps artistique, passe par l’étirement et l’hésitation du geste de s’attacher les cheveux en queue de cheval, de lâcher la chaise roulante et de se laisser tomber par terre. Puis, rester ainsi, étendue sur le côté, tremblante. »

À retrouver dans le cadre du Portrait La Ribot, au Festival d’Automne à Paris 2019.