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La Revanche des émotions. Essai sur l’art contemporain

Catherine Grenier, conservatrice en chef au Centre Pompidou, aborde la création contemporaine sous l’angle du rapport à l’émotion, à l’affect, au sensible, au pathétique, à travers notamment les thèmes du trauma, du grotesque ou de l’animalité.

Information

  • @2008
  • 22-020978-781
  • \19 €€
  • E208
  • Zoui
  • 4Français
  • }14 L - 20,5 H

Présentation
Catherine Grenier
La Revanche des émotions. Essai sur l’art contemporain

L’art du XXIe siècle est né sous le signe de l’émotion : le pathos et le rire, les stimulations sensorielles et l’empathie sont aujourd’hui les modes d’adresse privilégiés par les artistes. Au travers d’une analyse très documentée de la scène artistique contemporaine, Catherine Grenier met en lumière le passage «du concept à l’affect» dont témoignent des œuvres qui réaniment les forces vives de la tragédie, du drame ou de la comédie.

Enfants terribles de la modernité, héritiers de Goya et de Shakespeare, les artistes convoqués par l’auteur répondent aux pulsions dépressives de notre temps par une interpellation directe du spectateur. Le trauma, la vanité, le grotesque, l’animalité, l’immaturité sont les zones d’exploration dans lesquelles l’art nous invite à renouer avec une forme de connaissance sensible : la connaissance pathétique.

Extrait de l’introduction «Pathos et empathie»

«Le pathos et l’empathie règnent aujourd’hui sur l’art contemporain. De l’intrusion du spectaculaire et du scandaleux dans l’exposition «Sensation», à Londres en 1997, à l’apologie du mélo de l’exposition «Des souris et des hommes», à Berlin en 2006, en passant par le mode subtil des expériences sensorielles partout réactivé, la tendance à l’interpellation directe du spectateur n’a fait que se confirmer. Le pathos, terme qui désigne toutes les catégories des émotions et du sensible, depuis le rire jusqu’aux pleurs, est l’instrument de cette interpellation.

L’analyse réflexive, la position critique et la distanciation de l’artiste qui gouvernaient le radicalisme des avant-gardes, se trouvent débordées de toutes parts par la vague de fond de l’émotion. Ce sentiment, qu’on avait cru révolu, ou du moins impropre à rendre compte des modes d’action et des enjeux modernes, réapparaît avec force dans toutes les formes artistiques. La question de l’art, telle que la posent les nouvelles générations d’artistes, n’est plus prioritairement d’informer, d’initier, de questionner le spectateur, mais tout d’abord de le toucher. La position même de l’artiste, dans son rapport au monde comme dans son rapport à l’art, relève plus souvent de l’affect et d’un fonctionnement empathique que du concept et de la critique. Tous les modes opératoires traditionnellement associés à la naissance de l’émotion sont de retour au premier plan de la création : la tragédie, le drame, la comédie se déploient à travers les différentes formes techniques artistiques, qu’il s’agisse des médiums classiques de peinture, de la sculpture ou du dessin, dont on a vu la réaffirmation, ou des installations, du film et des médias numériques. La littérature retrouve une place tutélaire, qu’elle partage cependant avec ces nouvelles sources d’inspiration que sont pour notre monde moderne le documentaire, le sitcom, le docu-fiction et tous autres archétypes médiatiques inventés pour un public à la recherche de sensations.

Est-ce au public, qui a longtemps accusé l’art de se détourner de ces voies naturelles d’expression que sont le beau et l’émotion, que répondent aujourd’hui les artistes ? Ce mouvement correspond-il plutôt à une remise en cause interne de la modernité, ou plutôt de la doxa moderniste ? Est-ce l’état du monde, les soubresauts de la conscience qui dictent à l’artiste une attitude humaniste et passionnelle ? L’art se sent-il amené à investir un champ dont il avait laissé plutôt l’apanage à la religion et à la politique ? Ou, enfin, peut-on voir là une influence de la mondialisation, qui infiltre ses agents exogènes au cœur du concept occidental d’avant-garde ? Le phénomène est trop large pour que toutes ces causes ne soient pas présentes, et inextricablement mêlées. Mais aucune ne rend compte exactement de ce qui gouverne un univers de la création si divers et si éclaté qu’il a lui-même renoncé à s’auto-analyser. Reste qu’en raison même de cet éclatement, de l’atomisation des pratiques et des écoles, de la dispersion des champs de force dans les périphéries, un tel phénomène, malgré les formes extrêmement diverses qu’il peut revêtir, est la manifestation significative d’une osmose entre les pratiques artistiques et les grands mouvements qui traversent la société. Notre étude n’entend pas discerner si l’art anticipe ou fait écho à un état du monde, mais plutôt analyser le phénomène en tant que tel, comme manifestation et signe d’un renouveau de l’expérience artistique et de la pensée esthétique.»

L’auteur
Catherine Grenier
, née en 1960, est conservatrice en chef en charge des collections contemporaines au Centre Pompidou.