ART | EXPO

La nature aime à se cacher

15 Oct - 22 Nov 2015
Vernissage le 15 Oct 2015

La figure du dauphin, présente dans l’histoire des arts autant que dans la culture populaire, est retravaillée par la Bordelaise Marine Julié. Sa paire de sculptures blanche et or est visible de tous dans une vitrine, place du Parlement à Bordeaux.

Marine Julié
La nature aime à se cacher

Le travail de Marine Julié «s’articule autour de différentes notions récurrentes comme celles de l’état sauvage et les questions inhérentes à l’histoire de l’origine. Il aborde également la question des frontières et des liens qui existent entre le monde animal, végétal et humain, le visible et l’invisible», d’après le critique d’art Didier Arnaudet. Pour la vitrine, l’artiste extrait la figure ornementale du dauphin, fortement ancrée dans l’imaginaire populaire, omniprésente dans toutes les branches des arts décoratifs. Le décor extravagant est débarrassé de tout support utilitaire. Isolé, surdimensionné et dupliqué, l’ornement disparaît au profit de la statuaire.

Les dauphins dans l’ornementation vont souvent par paire, leurs corps ondoient entrelacés, affrontés ou adossés. Ici, duplication, frontalité et une certaine rigidité renvoient à une posture d’intimidation,  l’œuvre se faisant guerrière, attribut de pouvoir, tour à tour vestige de trône ou char d’attaque. Mâtiné d’étrangeté, le caractère grotesque est accentué. Les créatures hydrocéphales possèdent un sourire rectiligne acéré. Pourvues d’écailles, elles revêtent un aspect monstrueux, proche du Léviathan.

Les volutes du feuillage, symétriques, renflées et verticales suggèrent quant à elles une deuxième bouche. Ces chimères «doublivores» semblent alors liées au culte de la dévoration, convoquant de terribles déesses aztèques et autres divinités païennes. Au-delà des références à l’ornement et à l’histoire de l’art occidental, ces figures polymorphes questionnent la frontière entre décorum et œuvre d’art, troublent et suscitent l’imaginaire. Mais peut-être ne sont-elles là, à l’instar des mascarons apposés sur les fenêtres et les portes de la place du Parlement, que pour éloigner les mauvais esprits afin qu’ils ne pénètrent dans la demeure.