DANSE | SPECTACLES

Danse dense | La Ménagère

07 Mar - 07 Mar 2020
Vernissage le 07 Mar 2020

Après l’archétype de l’épouse, c’est celui de la ménagère que Rebecca Journo chorégraphie et interprète dans son nouveau solo. Second volet d’un diptyque sur la condition féminine, La Ménagère représente le cycle répétitif et aliénant dont la femme au foyer est prisonnière.

La chorégraphe Rebecca Journo a fondé en 2018 la compagnie La Pieuvre, en collaboration avec Véronique Lemonnier. Ses premières créations forment un diptyque sur la condition féminine : le solo L’Epouse représente l’archétype de la mariée, inspirée des Noces funèbres de Tim Burton et du protagoniste de Mélancholia de Lars Von Trier ; le solo La Ménagère est, quant à lui, dédié à la figure de la femme au foyer, inspirée des publicités d’électroménager des années 1950-60. Ce dernier trouvera place au sein de la programmation du festival Danse dense cette année.

La Ménagère : chorégraphier le quotidien d’une femme au foyer

Dans un espace cloisonné au carrelage noir et blanc, qui rappelle une cuisine, se tient une femme vêtue d’une blouse jaune. Elle affiche un sourire forcé, pareil à ceux des femmes présentes dans les publicités Moulinex des années 1950. A la manière d’une marionnette, elle effectue des gestes mécaniques et répétitifs, qui miment les actions de nettoyage et de cuisine, notamment à travers l’utilisation d’ustensiles ou d’appareils électroménagers. Les bruits de l’éponge qui gratte, de l’aspirateur ou du batteur électrique servent de bande son aliénante au spectacle. Le corps de la femme se courbe, s’abîme, s’épuise à la tâche, et reflète ainsi la domination et l’oppression dont il fait l’objet.

La Ménagère : la spirale infernale des tâches ménagères

La structure du spectacle est cyclique, avec l’éternelle reprise des mêmes gestes et actions, qui forme une spirale infernale dans laquelle est bloquée la ménagère. Rebecca Journo s’inspire d’une citation de Sheila Rowbotham dans son ouvrage Conscience des femmes, monde de l’homme (1973) : « Le travail ménager absorbe la femme totalement, c’est un cycle rythmique de tentative et d’échecs, jusqu’à l’épuisement total. […] Elle finit par se sentir absolument vide ».

La chorégraphie traduit ce que l’écrivaine appelle la « névrose du néant » en faisant osciller la femme entre surcharge de travail et vide de l’épuisement. Ainsi, la figure de la ménagère se construit et se déconstruit inlassablement. Toutefois, dans ce cycle machinal qui va du débordement au néant, une faille apparaît et dérègle tout, amenant une voie élévatrice et libératrice pour la femme.

Pour découvrir le reste de la programmation du festival danse Dense : https://www.dansedense.com/