PHOTO | EXPO

La linea sombra

15 Fév - 30 Mar 2005
Vernissage le 15 Fév 2005

Intense mise à nu de l’artiste inspiré par la beauté étrange de l’underground, milieu dans lequel il aime vagabonder. Voyage introspectif, étrangement abstrait et «froid». Ses photographies comme chemin le plus direct vers son âme.

Alberto Garcia-Alix
La linea sombra

C’est la deuxième exposition que la galerie kamel mennour réserve à l’artiste espagnol Alberto Garcia-Alix, mais peut-être la première, au bout de plus d’une trentaine d’expositions solo, où le photographe se met à nu avec une telle intensité.

Depuis toujours, Alberto Garcia-Alix puise son inspiration dans la beauté étrange de l’underground où il aime vagabonder, de ses années bikers jusqu’aux heures barges et baroques de la movida madrilène: «je photographie toujours mon entourage immédiat, je veux sentir le moment et tenter de traduire ce que j’ai devant les yeux». Certains autoportraits anciens, comme celui où un oiseau noir mort pend au bout de son bras plâtré, possèdent cet incroyable sens de l’allégorie qui caractérise plus particulièrement cette nouvelle exposition, laquelle constitue à la fois une continuité et une césure dans son travail.

«La Linea de Sombra» est en effet un voyage plus introspectif, dont le résultat devient étrangement abstrait et «plus froid» que son oeuvre antérieure.
Alberto Garcia-Alix semble avoir cessé de passer par les autres pour se raconter, décidant d’entreprendre le chemin le plus direct vers son âme. Cette étape correspond à une période de solitude et de détachement de sa terre natale où, coupé de son ancien monde, l’artiste madrilène s’est plongé outre-tombe, acceptant de fouiller dans ses propres méandres. «Estranjero de mi mismo», sa toute nouvelle vidéo présentée au 60, est le deuxième opus d’une trilogie, dont la première étape s’intitule «Mi alma de cazador en juego» (2003). Cette symphonie d’images cinéma, de photos et de musique, est un monologue intérieur intense, où la voix inimitable de l’artiste, rocailleuse et impatiente, assène sa prose comme on lance des couteaux.
Ce conte métaphorique est une traversée des deux dernières années parisiennes de l’artiste, à la fois violentes et libératrices. Les photographies qui occupent l’espace 72 sont comme un écho attrapé au vol de cette errance clandestine. L’ensemble crée une grande fresque poétique, pure, intense, sauvage, un chemin narratif poignant d’un homme retiré en lui-même, cherchant la lumière dans son mystère. On y retrouve le style inimitable d’Alberto Garcia-Alix, racé comme un grand d’Espagne, fiévreux et grave comme le poète.
On y reçoit cette rage ibérique, indomptée et romantique. On y goûte encore cette âme de biker à la majesté écorchée, Todo éternellement tatoué sur les phalanges de la main droite, Nada sur celles de la main gauche. Tout et Rien, deux évidences absolues pour celui qui se définit comme «un survivant», deux slogans coup de poings pour un homme qui a souvent marché sur les pierres brûlantes de la marge, à la limite de tomber parfois, voyant tomber les amis, souvent.
«La Linea de Sombra» est une œuvre de noblesse. De cette noblesse sur le vif, pure, intense, brûlante, que la vie offre à ceux qui frôlent la mort de près, et qui en reviennent avec la grâce.