ÉDITOS

La joie de l’art

PAndré Rouillé

La soirée du deuxième anniversaire de paris-art.com a été un franc succès. Plus de six cents personnes se sont pressées à Artcore pour prendre part à ce qui s’est avéré être un événement.
Il faut avouer que nous ne savions pas vraiment quelles seraient les réactions à cette initiative, la première que nous lancions. Elles ont dépassé de beaucoup nos espérances.
Mille mercis à celles et ceux

qui sont venus nous exprimer leur sympathie et leurs encouragements. Ainsi qu’à nos partenaires qui ont permis que cette soirée existe, et qui ont contribué à lui donner son goût, ses couleurs, ses sonorités et son animation : à créer cette alchimie qui a rendu pendant quelques heures tout simplement les gens heureux, suffisamment pour qu’ils nous le fasse savoir.

Une autre satisfaction a été de constater qu’internet est un outil très efficace pour faire se rencontrer les gens. Car c’est évidemment par le triple dispositif du site internet paris-art.com, de sa newsletter et de l’email que les participants à la soirée ont été informés, qu’ils ont répondu, et que confirmation leur a été faite de leur inscription.

La vraie convivialité et la sincère bonne humeur, qui ont régné tout au long de la soirée, tranchaient avec la froideur de nombreux vernissages parisiens. Comme si un rapport différent à l’art contemporain s’exprimait là dans une polyphonie plastique, sonore, gustative, architecturale et humaine.
Voir et entendre, boire et participer à une performance, ou déguster des amuse-bouche vietnamiens… Tout cela n’a certes rien de très original, mais cela prend un relief particulier quand s’y mêle le sentiment de faire, à Artcore et avec paris-art.com, l’expérience de nouvelles relations à l’art contemporain.

Expérimenter de nouvelles relations à l’art contemporain : telle est peut-être la voie qui est ici et là en train de s’esquisser dans les lieux transversaux ; hors des galeries et des institutions structurées à partir du très abstrait et très désincarné white cube ; hors, aussi, des lieux autarciques qui se complaisent dans les marges et à l’écart des grandes questions artistiques d’aujourd’hui.

La transversalité consisterait donc à trouver des alternatives à la forme abstraite du white cube, ce dispositif coupé de la vie et de la société, mais ouvert à la logique marchande (galerie) ou politique (institution). Lieu de l’équivalence généralisée, le white cube convertit les œuvres en marchandises et les visiteurs en acheteurs potentiels.
Or, la marchandise est triste, et la valeur d’échange désincarnée. Ne voir dans le visiteur qu’un acheteur potentiel n’incline guère à la convivialité. Ne considérer les œuvres qu’à l’aune de leur cote sur le marché de l’art international n’incite guère aux audaces, aux découvertes et aux surprises.
Le marché de l’art contemporain retrouvera sa vigueur et étendra significativement son public quand rencontrer les œuvres redeviendra un plaisir, un bonheur, une joie. Quand les white cube aseptisés s’entrouvriront aux rencontres, aux échanges, au partage.
Gageons que ce sont les voies détournées de la convivialité, de la fête, du désintéressement, qui attireront de nouveaux publics vers l’art, et qui susciteront de nouvelles vocations de collectionneurs.
Il y va de l’avenir économique, mais aussi esthétique et social de l’art dans les années à venir.

Même si l’art n’est évidemment pas un divertissement, il doit rester une joie, y compris quand il est grave. Même si l’art ne se confond pas avec la vie, il contribue à lui donner sens, couleur et relief (Robert Filliou : «L’art, c’est tout ce qui rend la vie plus intéressante que l’art»), tout en puisant en elle son dynamisme, son épaisseur et sa raison d’être.

Allier vie, plaisir et joie avec et dans l’art contemporain pourrait définir aujourd’hui le projet de certains lieux transversaux. C’est en tout cas celui que s’est donné paris-art.

André Rouillé.

Remerciements à
-> à notre hôte Artcore,
-> aux artistes de l’exposition Art is Stick, aux musiciens et aux performeurs
-> à Audio Concert pour la sonorisation
-> au traiteur vietnamien Co Ba Saï;gon

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Tatiana Cruz, Sans titre, 2004. Vidéo. 5’. © Tatiana Cruz.

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