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La Grande Barge

PSabrina Remadna
@12 Jan 2008

Entre art et action sociale, le collectif «La Grande Barge», fabrique des machines fantastiques, des sculptures en mouvement à la fois concentrés de poésie dérisoire et embrayeurs de rêves.

Le collectif La Grande Barge, de Montpellier, expose «Chez Robert. Electron libre», dans l’espace du second étage consacré aux expositions temporaires. Echanges et dialogues entre structures alternatives.

Le collectif La Grande Barge, qui regroupe une quinzaine de plasticiens, photographes et enseignants, s’est constitué en 1997 à Villeneuve-lès-Maguelone, où il loue une ancienne usine. Engagés dans une réflexion sur l’art et la citoyenneté, les artistes interviennent beaucoup dans le domaine social pour sensibiliser les enfants comme les adultes à l’art autant qu’aux problèmes de l’environnement. Ils travaillent à partir d’objets de récupération en les détournant de leur fonction première : toutes sortes d’objets et ferrailles à souder servent de matériaux artistiques.
En dépit de ses activités sociales, le collectif n’a bénéficié que de 1524 euros de soutien de la part du Conseil général de l’Hérault ! C’est donc avec la contribution de la Mairie de Villeneuve et du public qu’il peut travailler : animer des ateliers dans les centres aérés, un atelier de sculpture en mouvement à la Maison d’arrêt de Villeneuve, etc.

L’atelier de La Grande Barge est un immense laboratoire de fabrication de machines fantastiques, de sculptures en mouvement à la fois concentrés de poésie dérisoire et embrayeurs de rêves. Ces machines-sculptures ludiques produisent du mouvement, du son ou de l’image, ce sont de véritables spectacles d’objets. On est convié à appuyer sur les boutons, à actionner la manivelle pour que tel mécanisme s’enclenche et que la magie opère. Comme de grands enfants, on attend que les œuvres s’animent devant nous.

Les sept artistes invités sont Guët (directeur artistique du collectif), Bertrand Lecointre, Franck, Pascale Bedague, Serge Jupin, Dominique Doré, Gaëlle Rault.

Accrochée au mur, la sculpture de Guët se compose d’une dizaines d’yeux noirs qui nous fixent et clignent, formant une sorte de tableau-monstre surréaliste quasi vivant, effrayant et plein d’humour. Dans Fragmentation se superposent sur une table des ustensiles de cuisine et des morceaux de corps — nez, oreilles, dents, mains —, une sorte de scène de cuisine meurtrière à l’humour un peu sanguinolent.
Pascale Bédague expose, posé sur des tréteaux, un vieil abreuvoir ovale en fer rouillé de teinte marron-rouge. L’artiste l’a transformé en berceau et rempli de coton, de plumes et d’herbes folles où se cachent de petits personnages. La froideur morbide du fer s’oppose à la vie et aux matériaux d’apparence douce et légère, à ce jardin poétique et fragile. Précieux, extrêmement délicat, sorte de paysage onirique, le travail de Gaëlle est fait de tissus brodés de perles et de paillettes. L’agilité de l’artiste façonne un univers enfantin et magique.
Les sculptures végétales de Franck, semblables à de gros cocons de différentes dimensions, paraissent comme sorties d’un film de science-fiction! Ces sculptures-cocons sont faites d’herbes sèches, les plus grandes contiennent des bocaux où nagent plantes, faux foetus baignés d’une lumière verte translucide, tout cela donnant une impression de laboratoire des horreurs.
Ya concerto mon canard, œuvre instrumentale de Dominique Doré, se compose de trois tambours rugissant reliés à des tuyaux en plastiques eux-mêmes accrochés à de vieilles pompes à air. En actionnant la manette, on déclenche un véritable vacarme.
En hommage au Cirque de Calder, Bertrand Lecointre présente Le petit cirque qu’à de l’air composé de petits personnages en fil de fer, trapézistes et acrobates en équilibre fragile qui bougent librement dans l’espace.

Un des projets du collectif serait de réitérer cette expérience artistique dans la capitale, faire déplacer le public dans trois ou quatre squats différents pour une exposition itinérante. A suivre…