ART | INSTALLATION

La Disparition

14 Jan - 06 Fév 2010
Vernissage le 14 Jan 2010

Peut-on représenter la disparition? Peut-on la montrer dans une œuvre d’art? L’installation La Disparition de Jean-Pierre Giovanelli donne des réponses à ces questions capitales.

Jean-Pierre Giovanelli
La Disparition

Michel Journiac, dans son hommage à Freud, veut, à sa façon, montrer que le vêtement fait disparaître notre identité. Dans un mode plus contemporain et également plus politiquement sensible et engagé, la burqa apparaît comme la métaphore d’une disparition totale du corps social et d’une micronisation des liens, dans une ambiguïté qui n’a pas encore été révélée.

Protection, liberté, barbarie contextuelle, croyances, sciences et technologies des communication, fatras de paramètres fascinants et déstabilisants, nanotechnologies, libération-enfermement. La dune qui se meut sans objectif précis sauf celui que lui impulse le zéphyr, est également une métaphore de la dynamique-statique de la société humaine.

Si l’on peut représenter la disparition en montrant un moment essentiel de ce qui apparaît, de ce qui se présente et se représente. La disparition, semble dire Giovanelli, n’est pas simplement la fin ou la mort de ce qui apparaît et permet de voir mais une essentielle plissure, quasiment un double spectral : En tout de ce qui apparaît et se montre il y a de la disparition, ce qui est la trace d’une chose qui dis-paraît et qui rend impossible la totale représentation au delà de la forme d’une apparente totalité.

Mais qu’en est-il de ce qui dis-paraît dans ce qui apparaît ? Rien de moins que le réel. Le réel n’est en rien la réalité qui se montre et se donne en représentation mais la disparition dans ce qui apparaît, la des-apparition. Ce qui se dissimule dans l’apparaître, ce qui se soustrait, ce qui se donne comme simple soustraction est la disparition. Voila le défi et la provocation de l’œuvre de Giovanelli qui s’aventure jusqu’aux limites du désert de la représentation comme s’il n’y avait rien à représenter.

Porter la disparition du réel dans une représentation sans trahir la disparition, sans la contraindre violemment à se montrer, à se dévoiler dans sa nudité absolue, mais la montrant, justement, comme disparition. Par ce qu’il n’y a d’autre moyen pour le réel de se donner sinon en disparaissant.

De cette disparition du réel il faut nécessairement en prendre grande attention, semble dire Giovanelli, à la limite, lui vouer un culte qui s’oppose à l’idolâtrie de l’actuelle profusion d’images de la représentation du monde.On pourrait dire que Jean-Pierre Giovanelli nous montre ici, dans ce désert, son ”apocalypse du réel“, dans tous les sens de ce terme grec qui indique en même temps l’apparition, la ré-vélation (littéralement en grec, apocalypse signifie “dé-voiler”, enlever le voile”) et la représentation de la fin du monde, la représentation de la disparition du monde.