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La Danse : Le ballet de l’Opéra de Paris

Dans sa magistrale filmographie, Frederick Wiseman réserve une place privilégiée aux documentaires dédiés au spectacle vivant. En 1995, il signait Ballet avec l’American Ballet Theatre Company à New York et en tournée. En 1996, il s’attardait sur les rouages d’une fameuse institution culturelle dans La Comédie française ou L’Amour joué. Dix ans plus tard, le réalisateur revient à Paris et pose sa caméra dans les espaces de l’Opéra de Paris, pendant neuf semaines de la saison 2007-2008.

La danse lui tient énormément à cÅ“ur, ce qui se perçoit dans l’attention avec laquelle il suit les séances de travail, ainsi que dans la durée des séquences, magnifiquement filmées, des pièces du répertoire de la saison, lors des multiples répétitions en décors ou lors des représentations. La caméra trouve toujours le geste juste et rivalise en excellence avec la performance des danseurs. A partir de plus de 100 heures de rushes, Frederick Wiseman propose un montage de 160 minutes, et nous laisse penser que son film aurait pu continuer un jour et une nuit, tant le matériel est riche dans ses multiples allers-retours entre répétitions et représentations. Le réalisateur passe outre les distinctions qui séparent danse classique, danse néo-classique et danse contemporaine. Il filme avec tout autant de bonheur Casse-Noisette de Rudolf Noureev, Orphée et Eurydice de Pina Baush, ou les pièces d’Angelin Preljocaj, Wayne McGregor ou Sasha Waltz, invités pour des créations avec les danseurs de l’Opéra de Paris.

Les aficionados auront reconnu les étoiles, qu’elles soient en studio pendant les séances de travail ou en tenues de gala lors des représentations. Et pourtant nous n’allons pas les entendre parler, en tout cas, pas plus qu’un jeune coryphée, tout juste sorti de l’École de l’Opéra, que Brigitte Lefèvre reçoit dans son bureau, tout comme elle recevra un autre jour l’une de ses danseuses étoiles venue discuter d’un allégement possible de son répertoire pour la saison. La parole n’appartient pas non plus aux maîtres de ballet et aux répétiteurs, qui en font usage de manière adroite, frisant la trivialité ou dans un exercice de la métaphore désespérément raté, sur lequel le réalisateur joue non pas avec malice, mais pour montrer les limites de la parole quand il s’agit de traduire le ressenti d’une danse.

C’est Brigitte Lefèvre, la directrice de la danse à l’Opéra de Paris, qui manie la parole dans la maison. Que ce soit dans les négociations avec des financiers concernant un gala pour des bienfaiteurs américains ou dans des faces à faces avec les danseurs de sa compagnie. Qu’il s’agisse d’une séance d’information sur la reforme du système de retraite des régimes spéciaux ou d’une discussion avec les étoiles sur l’atmosphère dans la troupe et les réticences envers les techniques de danse contemporaine. Et cette parole vise tout autant l’excellence des danseurs en tant qu’individualités fortes, l’excellence également d’un certain enseignement de la danse, que la conscience de soi de la compagnie qui se veut une des meilleures au monde.

Mais l’Opéra de Paris vit aussi grâce à des petites mains sur lesquelles Frederick Wiseman s’attarde avec intelligence dans ses portraits, parfois en des gros plans, sensibles. Costumières et accessoiristes, éclairagistes, cuisiniers, travailleurs dans le bâtiment et le nettoyage performent, devant l’objectif de la caméra du réalisateur américain, des gestes forts et précis, autant de danses, pourrait-on dire, certes moins académiques, mais tout aussi nécessaires au bon déroulement de la vie de cette institution.

— Producteur : Idéale Audience et Zipporah Films
— Coproducteurs : Opéra national de Paris, Le Fresnoy
— Distributeurs : Sophie Dulac Distribution, 2009
— Avec les étoiles : Émilie Cozette, Aurélie Dupont, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Agnès Letestu, Delphine Moussin, Claire-Marie Osta, Lætitia Pujol, Kader Belarbi, Jérémie Bélingard, Mathieu Ganio, Manuel Legris, Nicolas Le Riche, José Martinez, Hervé Moreau, Benjamin Puech, Wilfried Romoli ; Les Premiers Danseurs de l’Opéra National de Paris, Le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris, L’Orchestre de l’Opéra national de Paris, L’École de danse de l’Opéra national de Paris
— Les Ballets (extraits en répétition et en représentation) : Genus de Wayne McGregor, Roméo et Juliette de Sasha Waltz, La Maison de Bernarda de Mats Ek, Casse-Noisette de Rudolf Noureev, Paquita de Pierre Lacotte d’après Joseph Mazilier et Marius Petipa, Orphée et Eurydice de Pina Bausch, Le Songe de Médée d’Angelin Preljocaj