DANSE | CRITIQUE

La Danse, j’aimerais bien mais…

PMattia Scarpulla
@22 Fév 2008

Qui aime la danse ? Comment élargir le public de la danse ? Daniel Larrieu se pose et nous pose ces questions. Des traces de son passé chorégraphique sont projetées pendant qu’il commente le manque d’intérêt politique pour la danse.

Lorsque les spectateurs cherchent leur place, ils peuvent voir Daniel Larrieu déjà sur scène. Il est assis sur la gauche, devant un microphone. Il tient des papiers, il semble réviser et regarde le mouvement du public. En fond de scène une toile noire, sur la droite une toile blanche et un vidéoprojecteur. Larrieu lira son texte, il imitera, par ses postures et par le ton de sa voix, un conférencier, quelquefois jusqu’à la caricature. Des images de ses danses sont projetées sur la toile blanche. Si le texte est une critique du manque d’intérêt populaire et politique pour la danse, de brefs gestes de Larrieu soulignent ironiquement des phrases, et captivent le public.

La conférence commence par des questions : pourquoi si peu de personnes s’intéressent à la danse ? De quelle manière renouveler le public de la danse ? Daniel Larrieu expose quelques réflexions personnelles sur ces sujets. Quelquefois, il soutient le sens commun, qui voit la danse comme une activité humaine instinctive, position qui ne permet pas de valoriser les professions de la danse. Puis il évolue rapidement vers une dénonciation du manque d’intérêt de la politique culturelle pour les métiers de la danse. Daniel Larrieu se déshabille alors de la représentation de l’intellectuel perdu dans ses pensées, il commence à interpréter lui-même, ‘le chorégraphe Larrieu’, et enrichit sa critique avec des anecdotes personnelles.

Des extraits de musiques, chansons de Sly & the Family Stone et de David Bowie, et la Suite pour violoncelle n.1 de Bach, accentuent quelques caractéristiques de la conférence : sur la musique de Bach, Larrieu joue avec les mots et avec les stéréotypes des publics de la danse ; sur d’autres chansons, la conférence ressemble à une émission télévisuelle.

Sur l’écran, autour d’une bougie allumée, symbole pluriel de la raison et du savoir, des mains font voler des petits mannequins, anonymes, sans visages et sans costumes. Leurs membres sont en mouvement, comme s’ils étaient en train de voler ou de nager. Les mannequins sont posés sur la table et la caméra cadre alors trois danseuses qui interprètent des mouvements souples et calmes. Les danseuses entrecroisent leurs bras et tournent sur elles-mêmes. Elles se regardent, semblent en écoute, travaillent ensemble pour construire des structures de corps. Avec les images des danseuses et des mannequins alternent des extraits de quelques chorégraphies de Larrieu : On était si tranquille, création de 1998 et Romance en Stuc, création de 1985.

Les réflexions du chorégraphe rappellent que les danses auxquelles nous assistons dans les théâtres privés ou publics sont construites et influencées par les programmes institutionnels. Les vidéos communiquent le sens de la danse selon Larrieu : les femmes et les hommes peuvent communiquer autrement par le corps et construire ensemble une forme et en même temps un groupe. Finalement, Larrieu critique aussi le tabou chrétien du corps, l’interdiction de prendre le corps comme élément fondamental de communication à côté de la pensée.

Le spectacle se termine lorsque la toile noire du fond est baissée, et laisse apparaître les trois danseuses et la bougie. Les femmes continuent à danser pendant que Larrieu pose ses dernières questions sur la manière d’intéresser et de former des individus à voir et à essayer la danse.

Daniel Larrieu construit une chorégraphie ‘mise en abyme’, où un discours et une image en contiennent d’autres. Si à la fin, le texte se répète parfois, les extraits chorégraphiques projetés et les gestes du conférencier mettent en scène tout son savoir professionnel et soulignent le message critique.

19h30, 22h, 17h30
Vidéo conférence de Daniel Larrieu

— Interprétation :
Daniel Larrieu et à l’image et sur scène, de Valérie Castan, Agnès Coutard et Anne Laurent
— Assistant : Jean-Baptiste Veyret-Logerias
— Costumes : Roger Flea
— Poupée : Christine Vollard
— Lumières : Lou Dark
— Régie Générale : Christophe Poux
— Régie Son : Félix Perdeau
— Production et diffusion : Chloé Schmidt et Jerôme Pique