ART | CRITIQUE

La Caverne du dragon ou l’enfouissement

PLaura Bayod
@27 Sep 2010

L'intitulé de la proposition de Louise Hervé et Chloé Maillet à la Galerie Marcelle Alix, «La caverne du dragon ou l'enfouissement», ne cache paradoxalement pas son jeu. Enfouir, cela évoque aussi l'action contraire. A la charge au spectateur de déterrer les choses ensevelies…

Quand on arrive dans la galerie, le plan des lieux nous est remis, comme pour nous donner l’envie de «partir à l’aventure». Le chemin se formera ensuite au travers d’éléments et de formes hétéroclites (une vitrine, un livre, deux films, et des installations).

La Caverne du dragon ou l’enfouissement s’inscrit dans la ligne de recherche de Louise Hervé et Chloé Maillet, à savoir «les liens entre le récit scientifique et le mythe». Elles semblent se situer dans la filiation de Michel Foucault qui préconisait dans L’Archéologie du savoir (1969) une mise à jour des archéologies, de ces «traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme».

Si «La caverne du dragon» est ici la base mythologique du projet, l’enfouissement en est la méthode. Cette caverne, une fameuse grotte située en Autriche, connue du monde de la spéléologie, est un élément d’évocation, car elle a été l’objet de superstitions et de légendes nombreuses dans l’histoire, souvent liées à l’existence d’un dragon en son sein.
L’exposition ne consiste pas en une reconstitution, mais plutôt en une tentative de mise en forme par l’adoption d’une nomenclature scientifique.,

Le parcours commence dans la première salle avec une vitrine, qui à la fois montre, met en avant des éléments, les protège et les conserver. La vitrine confère aux choses un caractère de véracité, et tend à les faire advenir en archives.
En outre, un livre à exemplaire unique et au texte frappé à la machine à écrire, à manipuler avec soin, renforce cette atmosphère scientifique. Deux vidéos projetées dans la salle suivante présentent une facture particulière, celle du Super8, tiennent lieu de simulacres d’images d’archives.

La configuration de la galerie (une salle au rez-de-chaussée et deux salles en sous sol) est propice à ces effets d’archive, renforcés par les impressionnants «systèmes d’inventaire» mis en place dans les sous-sols.
Le spectateur devenu explorateur descend dans le champ de fouille, par un escalier étroit, à la manière de Maciste, l’homme le plus fort du monde, héros qui explore les souterrains, une lanterne magique présentée par Louise Hervé et Chloé Maillet à l’exposition «Dynasty» du Palais de Tokyo.

Dans le premier sous-sol, tout au long des murs sont entreposés des «objets» emballés dans du papier kraft et étiquetés selon une nomenclature particulière. L’accumulation de ces éléments suscite étonnement et curiosité. Dans la dernière salle, une grande étagère poursuit le projet d’inventaire en accueillant des dossiers, et des éléments étiquetés comme les précédents.

C’est finalement un étrange et surprenant parcours qui est proposé au sein d’une formalisation plastique complexe faite d’éléments divers, à la fois proche de l’archéologie, qui utilise les vestiges matériels, et de l’anthropologie historique, qui étudie l’histoire et ses mythes.

— Louise Hervé et Chloé Maillet, Francis, 2010, vitrine, carrelage, papier, plastique, bois, peinture, tissu, métal, objets archéologiques
— Louise Hervé et Chloé Maillet, La Caverne du dragon, 2010, tapuscrit relié (français et anglais), 16 pages, lutrin chêne vernis
— Louise Hervé et Chloé Maillet, Hippolyta, 2010, film super 8, projecteur, 2min. 20
— Louise Hervé et Chloé Maillet, Manfred, 2010, film super 8, projecteur, 2min 20
— Louise Hervé et Chloé Maillet, Pythagore, 2010, système d’inventaire, dimensions variables