ART | CRITIQUE

La Case vide

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@05 Mai 2010

Première exposition personnelle de Luc Andrié chez Alain Gutharc, «La Case vide» réunit un ensemble de peintures récentes. Une ronde d'êtres fantomatiques, faits de lumières, qui nous échappent au moment où nous voulons les saisir.

L’exposition «La Case vide» de Luc Andrié, artiste sud-africain de 56 ans qui vit à Lausanne, semble être la métaphore de l’impossibilité de photographier ses peintures. L’objectif ne saisit qu’une image blanche et brouillée, comme si le tableau s’était enfui. L’image a déserté les carrés de toile presque blanche, aux subtils dégradés de teintes claires. Des nuances précieuses et nacrées composant des figures humaines, celle d’un homme d’une cinquantaine d’années, ou des objets à peine perceptibles, semblent se confondre avec le fond du tableau.

Pour obtenir cette pâleur des couleurs, Luc Andrié peint avec les eaux de rinçage de ses pinceaux. Avec la peinture ainsi très diluée, il doit, pour faire apparaître une couleur sur la toile, multiplier les couches. Les tableaux sont conçus comme des accumulations d’aplats de couleurs qui viennent, les uns après les autres, construire des formes et des volumes. C’est ainsi qu’on découvre sur la tranche des tableaux de mystérieuses traces qui révèlent la présence de certaines couleurs foncées sous les couches claires. Ce sont sans doute ces couches foncées qui permettent de distinguer le volume des corps, avant que les eaux claires ne viennent les engloutir.

«La Case vide», c’est peut-être aussi celle de l’absence de réel sujet dans les tableaux de Luc Andrié. L’homme qu’il peint, c’est lui-même, mais sans qu’il ne s’agisse vraiment d’autoportraits. Les tableaux sont conçus à partir de photographies de performances dans lesquels Luc Andrié se met en scène tour à tour en critique, commissaire, joueur de pipeau (sans pipeau), etc. Il apparaît torse nu, dans un cadrage si rapproché qu’il ne laisse voir ni décor ni accessoires, au point que l’on se demande si les performances ont vraiment eu lieu.

Sur un tableau de la série «L’Homme blanc n’a plus de peau», Luc Andrié regarde de face, les yeux écarquillés, avec une sorte de grimace.

Le vrai prétexte des tableaux semble surtout être le processus de projection de la photographie. Luc Andrié choisit une photographie, la convertit en diapositive puis peint l’image projetée sur la toile en sélectionnant une partie de l’image d’origine. Devenue lumière, elle est travaillée comme de la lumière et donne l’impression d’une image passée ou surexposée, sans profondeur, toute en surface. C’est ce trop plein de lumière que Luc Andrié rend par cette série de toiles lumineuses et fragiles, comme prêtes à s’effacer.

— Luc Andrié, Performance, 2009. Acrylique sur toile. 165 x 110 cm
— Luc Andrié, Petit mouchoir, 2010. Acrylique sur toile. 71 x 57 cm
— Luc Andrié, Le Sac, 2010. Acrylique sur toile. 78 x 56 cm
— Luc Andrié, Véranda, 2010. Acrylique sur toile. 39 x 50 cm
— Luc Andrié, L’Acteur, 2010. Acrylique sur toile. 80 x 65 cm
— Luc Andrié, Jaune, 2010. Acrylique sur toile. 45 x 30 cm
— Luc Andrié, Type, 2009. Acrylique sur toile. 50 x 35 cm
— Luc Andrié, Le Critique, 2009. Acrylique sur toile. 50 x 35 cm
— Luc Andrié, Poches, 2010. Acrylique sur toile. 75 x 80 cm
— Luc Andrié, Fantôme, 2010. Acrylique sur toile. 43 x 57 cm
— Luc Andrié, série «L’Homme blanc n’a plus de peau, 2009 (55)», 2009. Acrylique sur toile. 76 x 50 cm
— Luc Andrié, Pipeau, 2010. Acrylique sur toile. 125 x 95 cm
— Luc Andrié, Le Numéro, 2010. Acrylique sur toile. 71 x 57 cm