DANSE | SPECTACLE

Konzertanz

17 Mar - 17 Mar 2012

Konzertanz est un programme de trois pièces emblématiques du répertoire de K622 qui mettent en lumière la relation entre la musique et la danse, deux arts qui, dans leurs phénomènes premiers — le son et le mouvement — ont en commun de ne pouvoir se mesurer qu’en termes d’espace et de temps, sans prendre appui sur un support.

Mié Coquempot
Konzertanz

Les trois pièces Trace/Piano, Pulse, et Sans objet, recherchent l’équivalence entre la musique et la danse par de nouveaux modes de dialogue et de nouvelles articulations depuis la composition jusqu’à la représentation.

Dans cette quête d’égalité, chacune des pièces a un objectif particulier à atteindre à travers sa stratégie propre. Les codes traditionnels de la représentation de la musique sont déplacés, la mise en jeu des interprètes est la même qu’il soit musicien ou danseur. Le danseur devient musicien et vice versa, le chef d’orchestre est chorégraphe malgré lui, la dramaturgie vient de la partition musicale même, l’espace scénique théâtralise l’action, l’orchestre et la compagnie sont égaux au plateau. Se pose la question du pouvoir, de la hiérarchie d’une expression sur l’autre, d’un acteur sur l’autre dans ces relations diverses qui y sont jouées.

Trace/Piano
Avec: Mié Coquempot
Durée: 12 min

La première pièce du programme est le solo Trace/Piano pour lequel Mié Coquempot et le compositeur Ryoji Ikeda ont créé simultanément une partition de musique et de chorégraphie dont l’interprétation est double, puisqu’à la fois musicale et chorégraphique.
Concrétiser le mouvement, autrement que par l’impact visuel, ne pas associer une musique à la danse ou inversement, mais, faire en sorte que le mouvement produise directement son propre son sur un support instrumental, ont été les objectifs pour réaliser cette pièce. La relation qui en découle entre « l’instrumentiste » et l’instrument est musicale, plastique et extrêmement physique. Trace/Piano est à la fois une œuvre de danse et de musique contemporaine
Trace/Piano est extrait de Trace (2002) pièce pour 5 danseurs de 60 min dans laquelle il s’agissait de « matérialiser » le mouvement, lui donner une concrétude. En 2005, il m’a paru nécessaire d’étoffer la pièce dans une version de concert, ce qui a permis de l’inscrire dans divers espaces de représentation.

Pulse
Avec: Jérôme Andrieu et Jean-Philippe Grometto
Durée: 12 min

La deuxième pièce du programme est Pulse, duo pour un danseur et un flûtiste.
Pour cette chorégraphie, la partition choisie est Circumambulation, solo pour flûte du compositeur Yan Maresz. Cette partition contient des questions musicales qui ont été traduites comme physiques: le souffle, l’appui et l’intervalle.
Dans Pulse, se déploie progressivement une chorégraphie dans laquelle les interprètes, comme la danse et la musique, se font face. Ils sont tenus par la monorythmie (la pulse) et la polyrythmie, à la fois souples et fractionnés, indissociés, ensemble.

La mise en jeu des corps est guidée par leurs souffles jusqu’à débrider toute forme naissante. Déclencheur de mouvements «l’air» est un dialogue qui ouvre un espace-intervalle physique et temporel. Conversation, confrontation, attaque, humour, le duo communique jusqu’à ce qu’une pulsation commune apparaisse et devienne un appui physique, chorégraphique pour l’un, musical pour l’autre. Dans ce monorythme, ils s’exprimeront dans une partition complexe dont seule la constance de la pulse peut permettre le flux, leur lien.

Sans objet
Avec: Jérôme Andrieu, Olivier Clargé, Mié Coquempot, Vinciane Gombrowicz, et: les musiciens de l’Ensemble 2e2m sous la direction de Pierre Roullier, Véronique Briel (piano), Eric Crambes (violon), Véronique Fèvre (clarinette), Jean-Philippe Grometto (flûte), Alain Huteau (percussion), David Simpson (violoncelle)
durée: 30min

La troisième pièce du programme, Sans objet, est une pièce de groupe pour quatre danseurs, six musiciens et un chef d’orchestre autour de «Tracking Pierrot» (1992) du compositeur Earle Brown. Cette partition musicale est conçue en open forms, un mode «quasi» aléatoire de combinaison d’évènements musicaux dont la chronologie, les nuances, les tempi et les rythmes diffèrent à chaque représentation. Encadrée d’un début et d’une fin fixe, son «corps» est à chaque représentation reconstruit par le chef d’orchestre.

Chorégraphiquement, la stratégie a été de créer une partition qui opérerait en réflexion avec celle d’Earle Brown: «composition» d’un langage et d’événements spécifiques indépendamment de la musique, puis composition d’une partition spatiale, ces deux axes de jeu permettant d’établir une articulation parfaite avec la partition musicale. Ainsi, danseurs et musiciens sont sur la même ligne de départ, répondant chacun aux sollicitations du chef. Sans objet créé une interdépendance entre interprètes dont l’écoute, le regard, les réflexes sont sans cesse sollicités et déjoués. Le spectateur lit la musique sur les corps, mais surtout rentre simultanément avec les interprètes dans le jeu et dans les nuances de l’interprétation. Une forte énergie est déployée, augmentée par l’intense concentration de tous les acteurs de la pièce et par la tension qui se crée à la fois entre la direction et l’exécution et entre l’interprète et sa partition.
Le titre est la réduction de «sans autre objet que la musique et la danse»