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Konrad Loder

L’exposition organisée l’hiver dernier au 19, centre régional d’art contemporain de Montbéliard, rendait hommage à l’artiste allemand Konrad Loder, sculpteur et dessinateur de forme hybrides.

Information

  • @2007
  • 22-350750-329
  • \20€
  • E112
  • Zoui
  • 4français
  • }170 L - 240 H

Présentation
Karim Ghaddab
Konrad Loder
 
Extraits de « Essaimage et ensemencement : répétition », de Karim Ghaddab
«Que produit la répétition d’une opération? Quelle forme naît de la reprise d’un même procédé ? Quelle image le geste donne-t-il de lui-même, lorsqu’il ne poursuit pas d’autre objet que son effectuation ?
Une opération plastique réitérée au-delà de toute finalité fonctionnelle finit par étouffer littéralement l’objet sur lequel elle s’exerce. «Un jour, j’ai commencé à peindre la roue de mon vélo, explique Konrad Loder. Couche par couche, j’ai appliqué la peinture. Maintenant, la roue est très lourde et elle ne peut plus que servir en tant que sculpture». L’élaboration de cet objet — une roue de bicyclette pleine de peinture blanche, dont les intervalles entre les rayons sont comblés par la peinture — ne procède donc pas du tout d’un projet de sculpture. Le devenu-art ne s’impose qu’après-coup, négativement, par déceptivité, devant l’évidence de la perte de fonctionnalité de l’objet. Le label «art», ou le baptême dans l’acception qu’en donne Thierry De Duve, est ici une déchéance vis-à-vis de l’objet utilitaire initial. C’est l’indice de sa chute, non l’insigne de son élévation. D’ailleurs, dans la citation que nous en avons donnée, Loder évoque comme principal symptôme de la transmutation opérée la modification du poids de l’objet («Maintenant, la roue est très lourde»), et non la couleur (d’ailleurs une non-couleur, le blanc), le geste oula texture. L’œuvre d’art ne qualifie qu’un objet déqualifié, désormais plus «bon qu’à ça», selon le mot de Beckett.
La requalification d’un objet usuel, le nominalisme, la désinvolture et l’humour sous-jacent du geste, la modestie des moyens, le rapport poids/légèreté, la roue de bicyclette, bien sûr, ces références évoquent immanquablement Duchamp. Une autre œuvre de Loder, Liaison coupée, le conduit au même constat : « Hors service, elle entre dans un nouveau service ». L’œuvre est constituée de cordons électriques récupérés et tressés ensemble. Elle s’apparente à une grosse torsade sombre, suspendue dans l’espace, les fiches étant conservées et toutes situées au sommet, comme une multitude de petites têtes dures. […]
Suivant sa méthode d’expérimentation para-scientifique (et probablement inspirée par les domaines auxquels s’intéresse Loder, l’entomologie, la biologie, la neurologie, l’informatique, etc.), l’artiste pousse le geste du peintre jusqu’à ce qu’il corrompe la sacro-sainte planéité jusqu’à produire des surfaces autres. Et ce qui prend forme alors, c’est-à-dire ce qui se forme, ce qui se développe physiquement, c’est un volume, donc une sculpture. Sur un temps très long, plusieurs semaines, plusieurs mois, des couches successives de peintures sont appliquées au fil des jours sur divers objets: un bol, une casserole, une vieille paire de soulier, un cintre suspendu, un pot de fleur. Dans les récipients, c’est le plus souvent l’intérieur qui est peint, jusqu’à ce que, peu à peu, la croûte de peinture s’épaississant, elle en vienne à combler le contenant, puis à former un volume qui en sort lentement, comme du lait débordant d’une casserole. Simplement, l’opération est comme ralentie, son développement est imperceptible au jour le jour, comme la croissance d’une plante.»