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Kidding Park

PEmmanuel Posnic
@12 Jan 2008

Bienvenue à Kidding Park. Le monde fantastique de Fabien Verschaere fait escale chez Michel Rein. Il traîne avec lui tout un cortège de figures obscures et énigmatiques. A leur tête, le diable sous toutes ses coutures qui ici, se met à table.

Les murs de la grande salle sont peuplés d’ardoises d’écoliers aux contours colorés. Rouge, jaune, vert, bleu vif, un musée des premières époques quand tout se mélangeait et tout s’exposait. Les sujets peints sur les ardoises évoquent quelques créatures maléfiques aux forts penchants sexuels ou sataniques. Des flammes de l’enfer qui lèchent des corps nus, des personnages à deux têtes, des engins mirobolants, le corpus d’images hétéroclites répond à l’appel du diable.

Ce que les céramiques ne démentent pas. Disposées en regard de l’ensemble précédent, elles reprennent la figure du diable et la déclinent à l’envi dans des situations et des poses très variées. Cinq objets du vice montés sur des tables basses à contre-emploi, façon camping (Chat, 2005).

Dans la petite pièce, transformée en un inquiétant salon rouge sombre, Fabien Verschaere a installé une chaise de bureau devant un mur sur lequel sont accrochées trois horloges lumineuses où figurines fantomatiques et arabesques dégoulinantes ont la part belle. Enfoncé dans le coussin du fauteuil, un diablotin observe les horloges tandis que sur le mur latéral derrière des motifs un semblant gothique apparaît la mention « Cheyenne » (Evil Sitting, 2005).

Le diable survole chacune de ces pièces avec un petit air satisfait. Non pas qu’il parasite le travail de Verschaere, il en est plutôt l’unique figurant. Kidding Park est un hymne au côté obscur, une encyclopédie par l’image des vices qui nous traversent. Car si, bien sûr, Kidding Park déploie sa puissance maléfique pour décrire le diable, il montre en substance toutes les faiblesses et les lâchetés contenues que nous n’osons pas voir et qui sont pourtant suspendues dans l’inconscient, prêtes à surgir.
Et, plutôt que de le refouler, le réduire à la portion congrue, ou pire, lui opposer la vertu, Fabien Verschaere compose avec le diable, ce parasite de la petite voix qui nous guide, ce moteur des sept pêchés capitaux. Il le rend finalement profondément humain, sa vraie nature.

Alors, on aurait pu attendre tous les débordements possibles, des extravagances pimentées aux promesses lubriques, ce que la pensée (cristallisée ou non par l’artiste) peut livrer de plus sourd et de plus trouble.
On reste sur sa faim. A croire qu’il n’est pas tout à fait l’heure pour que le diable se mette à table.

Fabien Verschaere
Human Blackboard, 2005. Ardoises, aquarelle. 25 x 15 cm (chaque).
Evil Sitting, 2005. Céramique, peinture acrylique, fauteuil, aquarelle.
Sans titre 2005. Horloge, feutre, néon.
Chat, 2005. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.
Escargot, 2005. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.
Sirène, 2005. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.
L’homme croix, 2005. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.
Cheval, 2005. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.
Le roi des morts gros sexe, 2004. Céramique, peinture acrylique, socle bois métal.