ART | EXPO

Jules, Victorine, La Fornarina et Le Psychologue

19 Nov - 07 Jan 2012
Vernissage le 19 Nov 2011

Alun Williams réinvente à sa manière la peinture d'histoire: il associe des portraits de personnages tirés de l'histoire de la peinture et des traces accidentelles trouvées dans la rue. Cette exposition présente trois nouveaux ensembles de peintures: Jules et Victorine, Les Trois Grâces et Six Fornarinas.

Alun Williams
Jules, Victorine, La Fornarina et Le Psychologue

Un monde dans une coquille de noix
L’oeuvre d’Alun Williams réinvente à sa manière la peinture d’histoire. Il n’est pas question bien sûr de revenir comme aux XVIIIe ou XIXe siècles à de grandes fresques qui magnifient les aventures de tel prince, roi, pape ou empereur. Exit Paul Delaroche, Hippolyte Flandrin ou David. Ici l’histoire est abordée au travers de ces formes-personnages qui, au-delà de la recherche initiale et hasardeuse (dans la rue du même nom ou dans le lieu de vie du défunt), nécessitent de véritables investigations sur leurs caractéristiques propres, leurs anecdotes de vie, leurs «profils».

Tous les personnages sont choisis en fonction de leur vie imaginative ou riche d’inventions au sens propre comme au sens figuré. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve Jules Verne, Edgar Poe ou Antonio Meucci (inventeurs de fantasmes scientifiques ou psychiques bien divers), mais aussi Julie Bêcheur, Hester Leisler-Rynders, Giuseppe Garibaldi ou John Adams (personnalités politiques et révolutionnaires aux vies multiples), Joseph Gaultier (héros éclairé de son temps), tout comme Victorine Meurent (modèle de Manet). On croise ainsi de multiples facettes d’existences. L’histoire n’est donc pas traitée comme une héroïque (et valorisante) composition, mais comme un puzzle dans lequel des personnages peuvent se croiser (au gré de leurs aventures réelles ou imaginées par l’artiste), comme croiser d’autres héros représentés sous leurs traits ressemblants ou sous leurs caractères sublimés.

Toutes ces taches font du coup penser à Zelig, ce personnage de Woody Allen qui, sous l’aspect réel de son auteur, s’immisce dans toutes les manifestations de l’histoire, toujours entre deux situations ou deux personnages célèbres, tel un témoin-acteur de chaque événement marquant de notre mémoire. Au-delà de l’aspect burlesque et ironique (notamment sur son personnage peureux et faiblard qui devient un héros universel), il y a chez le cinéaste américain une invention d’archives originales de l’histoire, notamment grâce à des rapprochements que nul n’aurait pu imaginer.

Il en va de même dans les tableaux d’Alun Williams qui jouent justement avec ces rapprochements incongrus, ces situations absurdes où l’on peut retrouver par exemple Joseph Gaultier devant le prieuré de La Valette-du-Var où il vivait, John Adams devant l’hôtel particulier à Paris où il a été le premier ambassadeur des États-Unis en France, Julie Bêcheur dans les jardins de Versailles, ou encore Jules Verne devant la maison à la tour dans laquelle il a réalisé presque toute sa production littéraire.

Tout cela est très logique et littéral à la fois, mais, puisque la tache existe, et se «détache» du contexte où elle a été trouvée, elle peut se détacher aussi de tout contexte fixe dans le temps et l’espace. En effet, pour moi, rien n’empêche cet élément de peinture de se balader à travers le temps et l’espace, emportant avec elle le personnage qu’elle «représente». De cette façon, elle peut amener Jules Verne dans un paysage de science-fiction, à visiter la piscine de Charles Aznavour des années soixante, voire même le placer devant un fond abstrait de couleurs vives (il s’agit quand même de Jules Verne!). De la même manière, John Adams peut s’intéresser aux campings des années soixante-dix (en rapport peut-être avec ses préoccupations sociales), et Julie Bêcheur aux concours de beauté des années quatre-vingt, (en raison de sa curiosité innée dans ce domaine).